Progression nocturne orageuse
- il y a 5 heures
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Le mot n’est pas si anodin que cela. À la vacation radio de ce matin, en ce début de troisième jour de La Solitaire du Figaro Paprec, Nicolas Lunven a qualifié cette nuit de cauchemardesque. En effet, sans répit, le ciel a projeté sa foudre, obligeant les marins à manœuvrer encore et encore, à adapter la voilure, ne laissant aucun moment pour essayer de se reposer. Le skipper de PRB mène toujours cette deuxième étape mais le second groupe, positionné dans le sud-est, semble être plus à même d'allonger la foulée et navigue actuellement en ordre pour tenter un coup. Les deux camps ne sachant pas où ils sont, commencent à imaginer, supputer et peut être anticiper. Cette nouvelle journée s’annonce stratégique mais avec dans l’esprit qu’une récupération physique devient nécessaire pour préparer la suite.

Ô rage, ô désespoir
En début de nuit dernière, une très grosse masse orageuse est venue perturber la quiétude d’un plan d’eau jusque-là trop calme.
« On pourrait qualifier cette nuit de cauchemardesque, quand même, avec un orage qui s'est pointé à la tombée de la nuit et qui nous a occupés toute la nuit. Le jour est en train de se lever et la plaisanterie vient juste de se terminer. L’avantage, c’est que cela nous a quand même permis d’avancer un peu sur la route grâce aux risées », avouait Nicolas Lunven lors de la vacation radio de ce matin.
Bien positionné en tête du deuxième groupe, Eliaz Morineau, dont le sens marin n’est plus à prouver, s’est retrouvé couché hier soir sous une rafale à 45 nœuds. Le marin a immédiatement prévenu les autres solitaires afin qu’ils se préparent à une telle bourrasque.
« D’un seul coup, j’ai vu apparaître une grosse masse blanche. C’était une énorme risée, tout était blanc. Ça fait peur. C’est arrivé d’un coup et le bateau s’est couché. J’étais au portant. Il y avait peut-être 35 nœuds et, soudainement, le bateau a décroché et il est resté couché. Je pense qu’il y avait bien 45 nœuds. Ça a duré je ne sais combien de temps, mais c’était hyper intense. »

Le sommeil sera-t-il la clé de la réussite ?
« Là, je suis un peu fatigué, j’avoue. La nuit a été blanche. Le vent a tourné dans tous les sens. Toute la nuit, des orages, de la grêle et peut-être 35 nœuds dans les rafales », confiait Tom Dolan, skipper de Kingspan.
« Je crois que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Enfin si, j’ai réussi à faire deux petites siestes en fin de nuit quand l’orage s’est évacué », avouait à son tour Nicolas Lunven, skipper de PRB.
Question sommeil, tous sont logés à la même enseigne. Le repos est devenu un luxe que les marins aimeraient pourtant s’offrir. Entre les orages, les variations de vent en force comme en direction et les rafales à gérer, la nuit a été particulièrement agitée. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer dans les prochaines heures, car chacun va tenter de tirer profit des petits airs de la matinée pour relancer son bateau. Il est d’ailleurs plus simple pour les marins de se reposer au près dans du vent soutenu que durant ces longues périodes de calme.
À bord de Région Bretagne – CMB Espoir, Paul Loiseau dressait le même constat :
« Pas eu beaucoup de sommeil cette nuit. Même la nuit d’avant, ça commence à tirer sérieusement. Je pique un peu du nez. Il faut rester dessus parce qu’il y a parfois de toutes petites risées qui rentrent. Du coup, c’est mieux de rester sur le pont pour relancer le bateau. »
Manœuvres à gogo
« Tu sais que j’ai extrêmement mal aux mains. Mes gants sont complètement usés. Du coup, je les ai retournés pour utiliser l’autre face. Et là, je suis déjà en train d’user cette partie-là aussi. J’ai vraiment très mal aux mains et je n’arrive pas à dormir », confiait Eliaz Morineau.
Chez Paul Loiseau, les manœuvres s’enchaînent à un rythme effréné.
« Je ne compte même plus les manœuvres, mais j’en ai fait un paquet. Je dirais au moins une vingtaine. J’ai dû envoyer le gennaker une vingtaine de fois et le spi au moins une quinzaine de fois. Rien que cette nuit, j’ai dû envoyer le gennaker une dizaine de fois. Là, les mains commencent à me faire mal, les ampoules apparaissent.
Il est temps que ça se termine et que le vent rentre pour qu’on puisse enfin choisir une voile et la garder jusqu’au bout. »
« Je me demande vraiment où sont les autres. Ce classement ne veut peut-être pas dire grand-chose, je ne sais pas trop, mais je n’arrive pas à situer Nico Lunven et toute sa bande. C’est étonnant. Comme je ne sais pas où ils sont, c’est difficile de savoir si nous sommes vraiment bien placés ou non », confiait Eliaz Morineau sur Demain sans HPV.
Cette nouvelle journée devrait finalement ressembler à celle d’hier. Il faudra exploiter au maximum la moindre petite risée, mais une chose est certaine : la route vers Pornichet reste semée d’embûches.







