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Nuit sauvage !

  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

Le spectacle était grandiose le long de la côte galicienne en cette première nuit de la deuxième étape de La Solitaire du Figaro Paprec. Balayée par une masse orageuse très active, la flotte a pu évoluer un peu plus vite que ce que prévoyaient les fichiers météo et, au petit matin, les premiers skippers franchissaient la ligne du sprint intermédiaire située entre la pointe nord-est du DST du Cap Finisterre et le phare de Rocundo. Lucide, opiniâtre et ultra concentré, Alexis Thomas (Wings of the Ocean) réussit une première belle partie côtière et vire en tête.


Cette première nuit a ressemblé à un long bras de fer tactique. Avant de quitter les pontons hier après-midi, tous étaient lucides sur le fait que cette remontée allait se faire en accordéon : un coup toi, un coup moi. Sur l’eau, en effet, le yoyo a bien fonctionné. Tous les coups étaient bons pour tenter de gagner dans le nord en tirant au maximum bénéfice des effets de côte ou d’un peu plus de pression au large.


Au fil des heures, sur un plan d’eau blanchi par la foudre, les positions n’ont cessé d’évoluer. Alexis Thomas, sur Wings of the Ocean, a magnifiquement anticipé ces variations en optant dès le début pour une navigation à l’ouest de la flotte, avant de se recadrer au bon moment. Une option qui lui permet de virer la ligne du sprint intermédiaire devant Hugo Cardon (Sarth’Atlantique), Martin Le Pape (Paprec), Loïs Berrehar (Banque Populaire) et Marin Carnot (Fondation Lejeune), auteur d’un très beau début de course.


À l’arrière, un tiers de la flotte n’a malheureusement pas pu tirer bénéfice d’un peu plus de pression et lutte pour s’extirper de la pétole. Dans ce groupe se retrouvent Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur !), Laure Galley (Hauterive) et Léo Bothorel (Decathlon). Ils accusent un retard d’environ dix milles sur l’arrière du premier groupe.


L'analyse de Yann Chateau, directerur de course

"Bonjour à tous, la première nuit de l'étape 2 de La Solitaire du Figaro-Paprec 2026 est assez incroyable, entre la gestion des vents, des phénomènes thermiques de jour comme de nuit, avec pas mal de transitions, et puis l'influence de cellules orageuses qui ont zébré le ciel, surtout sur la partie terrestre, mais en venant de temps en temps un petit peu en mer. Forcément dans ces conditions, ça a beaucoup et souvent redistribué, on a vu des groupes s'encalminer, revenir, s'encalminer à nouveau, vraiment une gestion pas évidente sur l'eau, et puis une nuit avec très très peu de repos pour les marins, qui devaient être toujours prêts sous toutes les configurations de voiles possibles, passant de 0 à 30 nœuds en l'espace de quelques secondes ou minutes. Mais la route est encore longue, et le golfe de Gascogne est semé d'embûches pour cette étape".


Dans cette étape encore très longue, la clé résidera sans doute dans la capacité des marins à décrypter une météo particulièrement complexe, où les phénomènes localisés et les variations de pression rendent chaque option stratégique potentiellement décisive.



Alexis Thomas (Wings of the Ocean)

« La nuit n’a pas été simple. On a eu pas mal d’orages, avec des cellules qui se sont décrochées de la terre avant de se déverser en mer. Il y a eu de grosses bascules de vent, vraiment très irrégulières en force comme en direction. On a eu des claques à 30 nœuds à un moment donné.


Il y a eu beaucoup d’instabilité. Il fallait être sur le bateau, le régler, le faire avancer, et le vent tournait dans tous les sens. Cette première nuit n’a pas été de tout repos. Je pense qu’il n’y a pas grand monde qui a pu lâcher la barre pour se reposer.


Qu’est-ce que je peux te dire de plus ? Ces situations orageuses n’arrivent pas si souvent que ça. Je crois qu’il n’y a pas grand-chose à faire, si ce n’est prier pour que la foudre ne te tombe pas dessus, parce que ça peut faire vraiment mal : on peut devenir sourd, avoir mal aux yeux ou garder des séquelles. Ce n’est pas génial.


Pour cette journée, les modèles ne sont pas forcément très stables. On va être opportunistes et essayer de naviguer comme cette nuit : rester concentrés, garder de la vitesse et bien faire avancer le bateau en route directe vers mon waypoint. Il faudra être stratèges. »


Hugo Cardon (Sarth’Atlantique)

« J’ai réussi à faire quelques toutes petites siestes de cinq à dix minutes, mais ce n’était pas facile : le vent tournait pas mal, il était très irrégulier en force comme en direction. J’avais tout préparé dans le cockpit pour manœuvrer le plus vite possible.


Il faut être dessus pour ne rien louper dans les bascules de vent. Il faut être à l’affût, ça se joue parfois à quelques secondes près. On a eu une belle cellule orageuse qui nous a bien poussés au portant vers le cap Finisterre.


Dans tous les cas, on sait que ça va être lent et encore très incertain pour la suite du parcours, notamment au milieu du golfe de Gascogne. En tout cas, ça fait plaisir de jouer devant, mais il ne faut pas prendre ça pour acquis. Il y en a qui sont à sept milles derrière, mais on sait très bien qu’ils peuvent revenir.


J’étais à 2,5 milles derrière Alexis et, avec quelques petits coups tactiques, j’ai réussi à revenir à ses côtés, donc tout est possible. »


Marin Carnot (Fondation Jérôme Lejeune)

« C’est trop cool de revenir avec un nouveau mât et d’être déjà dans le match à ce point. J’ai essayé de jouer une option pas trop proche de la côte parce que je pensais que la cellule orageuse allait se décaler sur la droite, et ça a super bien marché. »


Martin Le Pape (Paprec)

« Il ne va pas si mal que ça Maître Yoda et finalement, cette nuit, ça a plutôt bien avancé. Je m’attends à une suite un peu plus molle. Je vais essayer de bien anticiper les choses parce que ça peut vite dégénérer.


Heureusement que ce n’est pas monté trop fort. On tente de gérer les choses en anticipant, parce que sinon on subit trop. Et puis il faut aussi regarder la trajectoire, parce que le vent change vite dans les orages. Il ne faut pas se perdre et garder la bonne route. »

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