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Dernière mise à jour : 20 sept. 2023

Alors, découvrez le Chapitre 3 du journal de bord de cette 54e édition, écrit par Pierre-Marie Bourguinat et lu par Serge Herbin.



ÉTAPE 3 : Le grand vainqueur, quelques pépites et une révélation


470 milles pour gagner, prendre sa revanche, prendre tout simplement du plaisir à régater en monotype. Tel était le menu et les aspirations des 32 solitaires au départ de l’ultime étape en Baie de Morlaix. Une étape courue encore une fois dans des conditions légères, où il fallait se montrer lucide, inspiré et accrocheur. Beaucoup l’ont été et deux grands noms en ressortent : Benoit Tuduri, un bizuth sur lequel il va falloir compter. Et Corentin Horeau, grand vainqueur en Loire Atlantique de cette 54e Solitaire du Figaro Paprec. Récit


Grand soleil et quinze noeuds de thermique, c’est « champagne sailing » au départ de cette troisième étape dimanche 14 septembre en début d’après-midi. On ne se lasse pas de cet écrin qu’est la baie de Morlaix dans ces conditions. Un formidable terrain de jeu, celui-là même qu’une bonne partie de la flotte a maudit dans la nuit de jeudi à vendredi. Trois rescapés de la deuxième étape ont fermé le rideau et éteint la lumière derrière eux, laissant à l’entrée la plupart de leurs camarades. Avec à la clef un sentiment d’injustice que chacun exprimait à sa façon le lendemain sur les pontons.

Pour faire simple après deux petites nuits de repos seulement, le monde de la Solitaire se divise en deux. Au départ de cette ultime étape, pour Basile Bourgnon (Edenred), Corentin Horeau (Banque Populaire) et Loïs Berrehar (skipper Macif 2022), qui se tiennent en 30 minutes au général, il s’agit de conclure. Et d’inscrire son nom au palmarès de la prestigieuse Solitaire, sésame d’autres aventures majuscules. Pour les autres et sans faire offense à personne, le général est plié. Le refrain comme quoi ce qui est arrivé peut se reproduire, ne convainc pas grand monde même si la météo est encore estivale et un brin tordue… Mot d’ordre général : «Prendre du plaisir » sur les 470 milles du parcours concocté par le directeur de course Yann Chateau, parcours raccourci d’ailleurs : Exit Gijon et les Asturies, c’est une bouée mouillée au large de Lacanau en Gironde qu’il faudra aller virer avant de rallier Piriac en Loire Atlantique. Les favoris qui ont regardé le train passer veulent finir sur une bonne note. Les bizuths qui se sont fait remarquer, veulent prouver que ce n’était pas le fruit du hasard. A chacun sa revanche…

Le rappel général est bien le signe qu’il y a de l’envie à tous les étages du classement ce dimanche à 14h45. Ce n’est pas le courant qui pousse sur la ligne, c’est la fougue. Deuxième procédure : cette fois, c’est bel et bien parti. Laurent Givry (Cap Horn) percute Maël Garnier (J’aime Garnier) et doit abandonner, bout dehors et foil cassé. Quant à Gaston Morvan (Région Bretagne CMB Performance) qui vient d’être rappelé par le comité et repart bon dernier, il ne fera pas la passe de trois sur le parcours côtier. Tiens, c’est Corentin Horeau qui empoche le Trophée Paprec. Bourgnon et Berrehar sont juste dans son sillage, ça promet !


A la manoeuvre !

Démarre un long louvoyage autour de la Pointe Bretagne, un grand classique de la Solitaire. « Si tu vires, t’ es un lâche ! » et chacun y va de son bord de plus pour tutoyer les cailloux et s’abriter au mieux du courant. Une vraie bataille de chiffonniers qui propulse en tête Guillaume Pirouelle (Région Normandie) au large des Abers. Toute la flotte s’engouffre de nuit entre Molène et le chenal du Fromveur et à 8 h07, c’est Gaston Morvan qui prend la tête à l’Occidentale de Sein, suivi de près par Elodie Bonafous qui lui brûle la politesse dans une jolie bataille d’empannage au sud de l’île pour rejoindre la baie d’Audierne. Toujours dans le match, la finistérienne n’est sans doute pas à la place qu’elle espérait au général (11ème. Elle avait terminé 8ème en 2022 et signé un podium d’étape) mais a montré qu’il fallait toujours compter sur elle sur cette Solitaire. Cette dernière étape ne déroge pas à la règle et la voici qui mène la danse et emmène toute la flotte, avec une belle cuillère dans la baie d’Audierne pour s’abriter du courant dans un vent encore poussif et une trajectoire très maîtrisée pendant les 24 heures qui suivent alors que la brise fraîchit. Le tempo s’accélère et au gré des empannages, la flotte s’éparpille façon puzzle. Du côté des trois leaders, Bourgnon est le plus véloce, suivi de près par Berrehar avec un Horeau un peu plus à la peine…


Tuduri, saison trois !* (SUITE À UNE DÉCISON DU JURY DE LA FFVOILE, BENOIT TUDURI S'EST FAIT EXCLURE DE LA COURSE POUR TRICHERIE )

Mais à scruter les favoris, on en oublie les outsiders. Et ce n’est pas parce que l’étape ne comporte pas de DST pour diviser la flotte que ça interdit de tenter des options. C’est bien ce qu’a du se dire Benoit Tuduri qui n’a manifestement pas l’instinct grégaire ! Le bizuth, premier sur la ligne à Kinsale à l’issue de la première étape, part raser les côtes vendéennes, précisément là où il s’entraîne toute l’année et traverse la flotte sans prévenir. «J’avais vu cette possibilité de trouver plus de pression à la côte avec Corentin Douguet qui me conseille. Tenter, c’est là que je me retrouve » dit le skipper de CAPSO En Cavale à la VHF mercredi matin. Car lorsque la flotte approche de la bouée de Lacanau où est jugé le sprint intermédiaire (bonus de 5 minutes au premier), c’est bien lui, suivi de Jules Delpech (ORCOM), qui empoche la mise.

Ce pointage est aussi l’occasion de vérifier qu’en tête, rien n’est fait puisque les trois premiers au général se tiennent en 20 minutes. Il reste quelques 170 milles à courir au louvoyage avant le clap de fin de cette Solitaire du Figaro Paprec. Les paris restent ouverts.


Le dénouement et l’heure des bilans

La remontée des côte girondines et charentaises ne bouscule pas le classement. La flotte s’est même densifiée à la faveur d’un vent molissant et assez instable qui impose d’être dessus. Corentin Horeau revient au contact direct de ses concurrents immédiats. Ça croise, ça recroise…

Quelques milles devant, Benoit Tuduri reste l’éclaireur de cette étape et navigue sans se retourner. Dans la nuit de Piriac, il peut lever les bras bien hauts. Si la troisième étape de la solitaire est la plus ingrate puisqu’on retient d’abord le vainqueur au général, cette victoire révèle à n’en pas douter un talent qu’il va falloir suivre. Pour sa première participation, Benoit Tuduri remporte non seulement haut la main le classement Bizuth Bénéteau (devant Victor Le Pape, beau second), mais il aura surtout animé de son flair et de son culot deux étapes sur trois dont il coupe la ligne en tête. Il termine quatrième au général.

Cette 54e Solitaire du Figaro Paprec aura d’ailleurs révélé beaucoup de nouveaux talents. Il y a ceux qu’on savait en devenir, les Basile Bourgnon, Loïs Berrehar, Gaston Morvan, Elodie Bonafous, Alexis Thomas, Jules Delpech, Arthur Hubert ou Niels Palmieri… Bien d’autres ont eu leur moment et avec un peu plus de régularité, les jeunes pousses que sont Hugo Dhallenne (Yacht Club de Saint Lunaire), Julie Simon (Douze), mais aussi Romain Le gall (Centre Excellence Voile-Secours populaire 17) pourraient bien être aux avant-postes du circuit dans les années qui viennent.

Et puis, il y a LE vainqueur. Dans la remontée vers Piriac, Corentin Horeau qui était un peu en retrait sur la descente a été le plus solide. En terminant sixième, trois minutes devant Loïs Berreharr qu’il précédait au général et surtout et surtout 20 minutes devant Basile Bougnon, il inscrit son nom tout en haut de cette 54e Solitaire du Figaro Paprec. A 34 ans, la septième participation a donc été la bonne pour ce marin talentueux et accrocheur, qui a dans ses bagages de nombreuses expériences au large sur d’autres supports, ce qui participe sans doute d’une capacité à se concentrer sur les moments clés de la course. « Maintenant, ma vie va changer » déclarait-il à l’arrivée sur les pontons. On n’en doute pas.


Pierre-Marie Bourguinat