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Mer calme et Manche d’incertitudes

Décidément, cette deuxième étape de la 54e Solitaire du Figaro Paprec n’a pas son pareil pour mettre les nerfs des 32 skippers à très rude épreuve. Après, quatre jours de course, qui ont vu autant des leaders faire le yoyo dans les classements, que des bizuths ou des outsiders faire de très beaux coups, rien n’est encore joué en approche de la Baie de Morlaix. Pire, c’est bien l’incertitude la plus totale qui l’emporte à la mi-journée.

Basile Bourgnon - EDENRED © Alexis Courcoux


À midi pile sur une une mer presque d’huile, un petit flux de sud-est d’à peine 5 nœuds permet aux monotypes, très proches les uns des autres, de progresser à petite cadence. La flotte est très groupée, puisque les dix premiers se tiennent en moins de quatre milles. En tête, les trois skippers trinitains - Corentin Horeau (Banque Populaire), Basile Bourgnon (Endenred) et Loïs Berrehar (Skipper Macif 2022) - réunis en moins de deux milles, sont bien placés pour mesurer qu’il leur faut s’armer de patience. Et rester à l’affût des risées pour finir en beauté cette étape épique. Après les mers d’Irlande et Celtique, cette fois c’est la Manche qui attise le suspense pour garantir un final haletant jusqu’au bout de la ligne, mouillée sous haute tension en Baie de Morlaix. D’après les dernières estimations, les premiers y sont attendus à partir de 17h…

 

Les mots à la VHF


Victor Le Pape (Région Bretagne - CMB Espoir) : « La Solitaire, ce sont des émotions fortes »

© Alexis Courcoux

« Tu m'aurais dit ça à l’île de Man, quand j’étais derrière, je ne t’aurais pas cru. Mais oui, les affaires reprennent carrément. Et il y a du match (…) Cette nuit, j’ai recollé un peu dans le courant au niveau de Land’End. Et j’ai pas trop mal joué ma carte dans les orages. J’ai aussi cravaché sous gennak’, j’ai passé une bonne partie à la barre. C’est assez ouf. T’es tout seul à l’île de Man, et tu te dis que tu es dernier. Et puis ensuite, tu te dis : tiens, j’ai un truc à jouer. L’ascenseur est juste dingue. La Solitaire, ce sont des émotions fortes. Je n’étais pas du tout préparé à ça (…) Là, on est à fond, il y a des algues. J’ai cru comprendre qu’il allait se passer plein de trucs d’après la météo de Météo Consult. Cela peut se jouer dans la Baie de Morlaix, dans les cailloux de le l’île de Batz. Il y a du beau monde derrière, faut rien lâcher (…) Je m’éclate depuis deux jours, même si je t’avoue que les deux premiers jours, ce n’était pas l’éclate. Et j’ai dû me dire une fois que j’arrêtais la voile pour me mettre au ping-pong. Mais je ne l’ai dit qu’une seule fois en quatre jours ! (…) Allez, à tout à l’heure !  »


Benoît Mariette (Génération Senioriales) : « Cela va probablement se finir dans la molle, les cailloux, et du courant »

© Alexis Courcoux

« Je m’en sors plutôt bien, mais il va y avoir pas mal de jeu d’ici la fin. Je me posais la question cette nuit, mais je ne crois pas avoir connu d’étape avec autant de retournements de situation. Et je n’ai toujours pas capté ce qui s’est passé à la pointe Saint-David (…) Mais c’est une sacrée étape. J’ai connu un bon bas. Au début je m’en voulais beaucoup. Toute la remontée jusqu’à Chicken Rock, c’était assez douloureux, parce que l’écart ne faisait que se creuser. Mais, une fois que j’ai enroulé le phare là-haut, j’ai fait tourner les routages. J’avais 45 milles sur le groupe de tête, mais le routage nous faisait arriver quasiment en même temps. Je me suis dis que ça allait resserrer ; et qu’il n’y avait pas de raison de ne pas y croire (…) Pour l’instant , on est en train de taper dans l’Ouest de l’île de Batz, et cela va probablement se finir dans la molle, les cailloux, et du courant… »


Loïs Berrehar (Skipper MACIF 2022) : « Me donner à fond »

© Alexis Courcoux

« La dernière fois que c’est revenu comme ça, le classement n’était pas pareil. On voit que le groupe des Trinitains s’est sorti de l’ornière. Tant mieux, maintenant il faut rester alerte jusqu’au bout. J’ai entendu la météo toute à l’heure. Déjà, il y aura moins d’orages que ce qu’on aurait pu croire. C’est un peu rassurant, parce que les orages, ça peut faire de gros écarts. Si le vent est établi, il y a moyen de se planter, mais pas de prendre une grosse cartouche. Il faut rester alerte, il nous reste une bonne journée de nav’ vers Roscoff. Tant que ligne n’est pas franchie, on peut très bien se faire rattraper par tout le monde. Et re-retournement de situation. Là, il me reste 37 milles. Cela peut vite dégénérer, ou revenir bien. J’essaye de faire au mieux. Mon état d’esprit, c’est de me donner à fond pour faire bien, pour essayer d’être sur le podium, c’est un peu l’objectif. On a eu une belle opportunité de revenir, on va essayer de ne pas tout gâcher. Mais on n’est pas maître de tout. Il faut rester concentré sur ses trajectoire ; et on verra bien… »


Corentin Horeau (Banque Populaire) :

© Alexis Courcoux

« Là, on est à 30 milles de Roscoff, pile poil dans l’axe, avec beaucoup d’incertitudes météo. On va composer avec ça. Là, on a 5-6 nœuds de vent. Le courant est traversant. J’ai Basile (Bourgnon) à côté, il fait des petites manœuvres aussi. On va voir comment ça va se dérouler dans les prochaines heures, mais déjà Basile m’a accompagné. On essaye de faire au mieux. On a déjà eu beaucoup de chance de revenir, de là où on était. Maintenant, il faut essayer de concrétiser. C’est sûr, ma première victoire d’étape, j’y pense. Et puis à Roscoff, je ne suis pas passé loin les deux dernières fois. Il y a peu tension, mais c’est un peu la météo qui joue avec nos nerfs. On va voir comment ça va se dérouler, mais ça risque de durer tout l’après-midi. »