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Grand chamboulement dans le classement


@ Alexis Courcoux

On prend les mêmes et on recommence ! Cette nuit, la flotte de La Solitaire du Figaro Paprec s’est de nouveau éclatée en deux groupes. En approche de la sortie de la mer d’Irlande, le vent s’est écroulé. Il a filé à l’anglaise, laissant les skippers, qui butaient contre le courant du canal Saint-Georges, avec le seul souffle de leur exaspération pour gonfler leurs voiles. Et de leur inspiration, puisque deux options se sont dessinées au passage du DST de 12 milles de long, situé au large des côtes sud-ouest du Pays de Galles.


Le large par l’extérieur pour les premiers, emmenés par Alexis Loison (Groupe RÉEL), l’intérieur à l’est pour un autre peloton avec Gaston Morvan (Région Bretagne - CMB Performance) en chef de file. Avec un décalage d’une vingtaine de milles en latéral entre ces deux paquets, tous les ingrédients sont encore réunis - vents évanescents et renverse de courant - pour que cette troisième nuit de la deuxième étape soit le théâtre d’un nouveau retournement de situation.


D’un côté et de l’autre de la zone interdite à la navigation, les solitaires ont chassé les risées dans la nuit noire. À ce petit jeu, ceux qui progressent au plus proche du cap Saint-David, à la frontière de la mer Celtique, s’en sont beaucoup mieux sortis. Les vitesses de progression des uns et des autres au petit jour en témoignent : moins de 5-6 nœuds pour les leaders de la veille - Guillaume Pirouelle (Région Normandie); Nils Palmieri (TeamWork) ou Tom Dolan (Smurfit Kappa - Kingspan) par exemple, plus de 8-9 nœuds pour les retardataires d’hier, à l’image de Corentin Horeau (Banque Populaire); Benoît Mariette (Génération Senoriales) ou encore Chloé Le Bars (Région Bretagne-CMB Océane), flashée ce matin à plus de dix nœuds.


Au lever du jour, Gaston Morvan, qui accusait encore plus de 15 milles de retard sur les premiers hier au classement de 6h, a pris les commandes de la flotte. « Il a vraiment fait l’effort de rejoindre la côte. Il a pu bénéficier de la renverse de courant en premier, ainsi que d’une bascule de vent au sud-est, lui permettant de vraiment recoller sur la tête de flotte », analyse Yann Chateau, Directeur de Course.


Pas étonnant que dans ce contexte de chamboule-tout, le classement soit bouleversé. Mais rien n’est joué encore sur cette étape en direction de la Baie de Morlaix, qui n’a pas son pareil pour attiser le suspense. Tout reste à faire, comme l’explique Yann Chateau : «  pour l’instant, sur les routages, il n’y a pas de grande différence entre le groupe de l’ouest et le groupe de l’est. Tout est encore possible, d’autant qu’il reste le passage de Land’s End dans la soirée. Tout peut encore se passer sur cette étape sous le signe de la tension ». Et des grands rebondissements…



Les mots de la nuit à la VHF 🎙


Alexis Loison (Groupe RÉEL), joint à 6h30 : « Je viens de récupérer un petit de vent tout léger, ça avance toujours. Mais cette nuit, c’était très changeant, donc je n’ai pas pu dormir (…) C’est vrai que, de temps en temps, je m'endors un peu à la barre, ou devant l’ordi. Dans ces cas-là, on attend que ça passe, puis on boit un peu d'eau ou un café. Je suis en tête, donc c'est forcément agréable. Maintenant, je ne sais pas où sont les autres. Je les ai perdus hier, à la tombée de la nuit. Hier soir, j'avais 5-6 milles d'avance. C'est pas mal en Figaro, ce n'est pas tous les jours. Maintenant, le terrain de jeu est vaste, on tire des bords, peut-être même jusqu'à l'arrivée, donc il y a encore pas mal d’options possibles. Cette nuit, j'ai contourné un DST d'un côté, et je ne sais pas du tout si les autres ont fait pareil que moi ou pas. J'imagine que non, sinon je les verrais. J'ai décidé de faire ma propre route, et on verra bien. Stressant ou stimulant ? Un peu les deux après, c'est assez sympa de tenter des options. Je m'en suis voulu de ne pas avoir été assez déclencheur sur la première étape, et puis, voilà, c'est comme ça qu'on aime naviguer aussi. Il faut se lâcher ! J'ai un petit 7 nœuds de vent. Je suis au louvoyage, le vent vient du sud. C’est un petit peu mieux que tout à l'heure. »


Guillaume Pirouelle (Région Normandie), joint à 6h15 : « Ça se passait plutôt pas mal, jusqu'à ce qu’on rentre dans la molle, hier. Depuis, c’est très aléatoire, surtout la nuit où on ne voit même pas les risées. C’est un peu la loterie. Pour le moment, cela ne m’a pas trop réussi. J’essaye de de m'accrocher et de ne pas laisser trop filer les premiers. Le choix de route que j’ai fait depuis hier aprem, c’est plus par rapport aux faibles vents qu’on arrivait à attraper, parce qu’à des moments, ils étaient vraiment proches de zéro. Il fallait faire avec ce que l’on avait contre le courant. Quand je suis arrivé au DST, il y avait vraiment trop de courant de face à l'intérieur, il ne m’était pas possible de passer entre la terre et le DST. Je me retrouve donc à l’extérieur. On a retouché un petit peu de vent. Je suis dans un paquet de quatre bateaux, il y a du match. Il va falloir être patient. Je savais que l'étape allait être compliquée. La première nuit a été très dévastatrice pour certains, mais je savais que ce n’était pas pas fini et qu'on allait clairement rencontrer encore des conditions aléatoires, peut-être même jusqu’à l’arrivée. D’après la météo que l'on a eu hier à la VHF, il n’y a pas beaucoup de vent prévu. Cela fait au moins 10 heures qu'on est vraiment dans la grosse, grosse pétole. J'espère que ça va se lever un peu, mais ce n’est pas gagné l’histoire… »

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