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BENOÎT TUDURI : 16EME INSCRIT À LA SOLITAIRE DU FIGARO PAPREC

Ce méditerranéen, passionné de voile depuis tout petit, entrepreneur et co-fondateur de l’école ENVOIL’ à Montpellier, a mis le cap sur la côte atlantique en Vendée pour se consacrer pleinement à son projet de course au large en Figaro 3. Et c’est avec son propre bateau que Benoît va partir « En Cavale » sur sa première Solitaire du Figaro Paprec !

1/ Benoit, j'ai une première question. Si demain soir je te croise en soirée et que je te demande : " Benoit, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? ". Qu'est ce que tu me réponds ?

Si tu me croises en soirée, je te répondrai que ça dépend à quel stade de la soirée tu vas me croiser, et si j’ai envie de te raconter n’importe quoi ou non… Non je rigole, haha !

Je te répondrais que je suis navigateur sur le circuit Figaro BENETEAU 3 à temps plein et que je suis aussi entrepreneur puisque j’ai créé ma boite cette année qui est dédiée à la course au large. Je suis arrivé là, tout simplement parce que j’avais envie de me tester, de voir ce que je valais sur de la course en solitaire, et aussi parce que le circuit Figaro c’est ce qui me correspondait le plus je pense. Ça permet découvrir ce que l’on vaut, donc c’était assez intéressant pour ça.

Après moi je suis un peu un opportuniste, c’est-à-dire que j’ai toujours envie de faire des choses qui me plaisent. Je saisis les opportunités quand elles arrivent et quelles sont bonnes, et si elles n’arrivent pas je les créer moi-même. C’est un peu comme ça que j’ai vécu mes dernières années. J’ai eu un parcours pas très voileux de base, j’ai commencé la voile quand j’étais petit avec la famille mais très irrégulièrement. C’était vraiment de temps en temps on louait un bateau et on allait naviguer à droite ou à gauche.

Je n’ai jamais fait d’école de voile, ni de stage plus que ça, donc j’ai appris un petit peu comme ça en famille mais rien de très précis. Je n’ai pas non plus fait de compétition. J’ai grandi dans la région toulousaine, donc même pas en bord de mer, et j’étais plutôt axé sport collectif avec 10 ans de pratique de handball. J’avais quand même se coter compétition mais pas spécialement dans la voile. J’ai fait mon lycée et ma licence à Toulouse, et en 2016 j’ai tout plaque et je suis parti en voyage 1 an, en mode backpack/stop/camping, en Amérique du Nord et Amérique Centrale. C’est à cette occasion que j’ai repris la navigation en faisant du bateau stop. J’en ai fait un petit peu partout, dans le Pacifique, dans les caraïbes et je suis même revenu en Transat en Europe. Cela m’a permis de rencontrer un paquet de skippers, et notamment des skippers professionnels qui m’ont donné le goût au métier et à la navigation. Deux semaines après être rentré, j’attaquais avec une formation « Brevet d’état de voile » puisque j’aime la pédagogie aussi. C’était mes débuts dans la voile en tant que métier à plein temps. J’ai commencé la compétition en parallèle de ce brevet d’état. En 2018, j’attaque les compétitions sur différents bateaux, en équipage ou en double. Je récupère un bateau en 2019, que je retape entièrement. C’était un prototype de course de 12 mètres qui était un peu porté à l’abandon. Ça m’a demandé pas mal de chantier mais ça a un petit peu été mon laboratoire d’expériences où j’ai testé des choses. Je ne connaissais rien à ce moment-là donc j’ai appris la stratification, la mécanique, les voiles. J’ai testé des trucs, j’ai fait dans un sens, refait dans l’autre et c’est devenu un bateau finalement très intéressant et compétitif. J’ai fait pas mal de modification et d’optimisation dessus ce qui m’a donné le goût de la vitesse, de la sensation, et de la recherche de performance… Je pense que c’est aussi pour ça que j’en suis arrivé là maintenant. En 2020, je finis mon brevet d’état de voile. J’ai déjà un petit peu plus d’expérience dans le domaine avec ce bateau, et je crée une école de voile avec deux copains qui s’appelle « Envoile » en Méditerrané. Avec cette école, on propose de la croisière en itinérance, des stages embarqués sur des bateaux de 10 à 15 mètres. Et de mon côté, je développe une école de régate sur le bateau que j’avais retapé, qui s’appelle « Firecrest » et qui deviendra assez vite la vedette de l’école, avec lequel on a pas mal bourlingué en méditerrané soit sur des stages de croisière sportive, soit sur des entrainements de régates et de la régate un petit peu partout, en formant les gens. C’était une période assez intense. L’école a très bien marché, on a fait ça pendant 3 ans avec mes deux acolytes : Pierre-Benoit et Louis. On a passé le relais début janvier, tout simplement parce que nous avions chacun des projets différents. Pour ma part, c’était de me lancer dans la course au large. C’est un milieu qui, en tant que méditerranéen, pourrait paraître un petit peu lointain au début puisque nous n’avons pas grand-chose en méditerrané. Ça nécessitait de recommencer à 0, de venir sur la côte Atlantique, de racheter un nouveau bateau, de déménager, et de trouver un centre d’entraînement. Tout ça s’est décidé mi-octobre. J’ai récupéré le bateau en décembre et je naviguais en janvier !


2/ Tu es Bizuth cette année, quelle image as-tu de la Solitaire ?

Je suis Bizuth, et pour le coup vraiment je le suis vraiment car ma première course en solitaire de toute ma vie n’était pas plus tard qu’au mois de mars dernier sur la Solo Maitre Coq.

Je suis hyper excité, donc je dirais que je suis à 100% d’excitation. C’est un événement très important pour moi, que j’ai toujours regardé d’un œil d’observateur. Et là, de pouvoir y participer… J’ai hâte d’y être, et de voir ce que ça va donner !!! J’ai aussi un petit peu d’appréhension car on mise tout sur cette course, et on passe toute notre année à travailler pour avoir un bon niveau. Je vais tout donner, et l’idée est de réussir à faire un bon résultat car c’est aussi ce qui peut conditionner mes futures années et ma carrière derrière.


3/ Dis-nous en plus sur tes sponsors ? ton projet ?

Comme je disais, je me suis lancé dans ce projet juste avant l’hiver. Je n’avais pas de partenaires ou de sponsors qui m’accompagnaient dans ce projet. J’avais quelques économies de côté puisque j’avais pas mal travaillé ces dernières années, et j’ai fait un emprunt. J’ai tout investi dans ce nouveau projet en me disant que de toute façon, on ne peut pas faire les choses à moitié. Lorsqu’on commence, il faut tout mettre, c’est un risque à prendre, mais sinon on n’y va pas. Je suis un petit peu le sponsor principal du projet, mais j’ai quand même beaucoup de temps à faire des plaquettes pour trouver des financements à droite à gauche et compléter mon budget dans le but d’être le plus complétif possible. Grâce à ça, j’ai réussi à trouver deux sponsors. Le premier est mon expert-comptable qui s’appelle Alexandre Gauthier du cabinet Octan Expertise. Il me suit depuis le début d’année, et il est vraiment à fond sur le projet. Il est venu naviguer avec moi sur le Vendée Défi, qui est un record entre St Gilles et l’Ile d’Yeu. On avait déjà navigué dans la rade de Marseille ensemble. Il est à fond, il débute en voile mais il a déjà un très bon niveau et il adore vraiment ça, et ça fait plaisir de partager cette passion avec lui.

Le cabinet de gestion de patrimoine WEALTH Conseil, qui est basé à Nantes, et qui m’accompagne également dans mon projet. Ils me soutiennent dans mes projets et sont très motivés par l’avenir et les choses que nous allons faire ensemble. Ce sont aussi des personnes qui naviguent donc c’est toujours sympa de pouvoir partager des moments sur le bateau. On pourrait dire que j’ai des relations presque familiales avec mes sponsors car nous sommes sur des petits effectifs, ce qui nous permet d’avoir des relations privilégiées entre nous, et c’est très agréable !

Ce projet fonctionne aussi beaucoup grâce au mécénat, j’en ai eu beaucoup depuis le début d’année. J’ai eu beaucoup d’anciens adhérents de mon école de voile qui m’ont soutenu en faisant des petits donc. Il y a eu la famille et d’autres personnes qui ont pu me donner un petit peu d’argent. Ça m’a permis de financer des voiles et du matériel pour le bateau. Encore un grand merci à l’ensemble de ces personnes !

Côté projet, j’ai forcément ce projet sportif en Figaro avec la participation à toutes les courses du calendrier et en ligne de mire La Solitaire du Figaro Paprec fin août.

Mais j’ai aussi monté un deuxième projet qui a plus un caractère social. Depuis quelques années, je travaille avec Capso. C’est une association pour la protection de l’enfance basée à Lyon. On avait monté des projets voile, qui consistaient à emmener des enfants (qui n’avaient jamais vu la mer pour la plupart) naviguer sur des bateaux pendant 1 semaine ou 8 jours. C’est vrai que je me suis posé la question en début d’année si je pouvais continuer cet engagement. Nous nous sommes donné le pari que nous allions réussir quelque chose. On a lancé un nouveau projet qui s’appelle « Des enfants Grand Reporter ». Les enfants sont venus à Saint-Gilles pour venir naviguer sur mon bateau pendant la journée, et on leur a aussi fait découvrir l’océan et ce qu’il se passe autour (la pêche, les sauveteurs en mer). Ils vont revenir pendant La Solitaire du Figaro Paprec, en endossant le rôle de reporter. Nous avons quelqu’un qui les forme au métier de reporter et nous avons des sponsors et mécènes qui ont permis d’acheter du matériel haut de gamme de vidéo pour faire des interviews. Les enfants s’invitent dans le monde de la course au large avec une casquette de reporter en posant des questions à un petit peu tout le monde (skippers, organisateurs, centres d’entrainements, ports, etc…)

C’est fort possible que pendant La Solitaire du Figaro Paprec, des enfants un petit peu curieux traînent sur les pontons et qu’ils viennent dans les coulisses de la course voir comment ça se passe. Finalement, c’est un gros projet qu’on a monté cette année, et qui je pense, prend autant, voire plus de temps que mon projet sportif, car il faut aussi trouver des financements. C’est à peu près 20 000 euros de budget pour ce projet qu’on a en grande partie trouvé grâce à des mécènes, et différentes entreprises. Même mes sponsors contribuent à ce projet, parce que c’est quelque chose qui leur parle et dans lequel ils avaient envie de s’investir. D’ailleurs, on produit aussi des reportages. Les enfants vont produire 5 reportages qui sortiront dans l’année, sur des sujets qui porteront chaque fois sur la course au large.


4/ Ton meilleur et pire moment en navigation ?

Donner mes meilleurs moments et pires moments… ce n’est pas une question facile. Je vais séparer.

Du côté voyage, l’un de mes meilleurs moments c’est quand on était en Honduras en backpacking et on faisait du bateau-stop. On a rencontré un punk américain qui s’appelait Tyler et avec qui on a ensuite voyagé dans les îles honduriennes. C’était un super personnage et puis on était en mode voyage, à vadrouiller à droite à gauche sans savoir ce qu’on faisait le lendemain. On a passé un petit peu de temps avec lui, et son bateau s’appelait « En Cavale ». J’ai repris le nom de son bateau pour lui rendre hommage car son bateau a disparu dans un ouragan. On a navigué à travers les îles de mouillage en mouillage, et il m’a beaucoup appris en voile. C’était vraiment un chouette moment où l’on ne se souciait de rien et où l’on vivait le moment présent à naviguer dans des endroits paradisiaques. C’était très très sympa !

Côté régate, ça remonte à pas longtemps, mais je dirais ma victoire sur l’ArMen Race. Il s’agissait de ma deuxième course en Solitaire de toute ma vie ! C’était un moment très sympa, avec une nuit sous Spi très rapide avec des belles vitesses et sensation, et une approche de l’île d’Yeu où je me rends compte que j’ai un petit peu plus d’avance qu’en début de nuit. Et enfin, une arrivée à la Trinité où je coupe la ligne en première place. C’était un moment réconfortant et encourageant pour la suite car même si ça reste une petite régate, c’était une première fois pour moi !

Pour les pires moments, il n’y en a pas beaucoup puisqu’on fait de la voile et même s’il y a des moments compliqués je ne suis pas de nature pessimiste et je ne vois pas de mauvais-mauvais moment. Néanmoins, lorsque j’ai récupéré mon figaro, je l’ai convoyé avec mes deux très bons amis, de Roscoff jusqu’à St Gilles. On a fait le convoyage au mois de décembre dernier avec des parties sous la flotte, sous la neige, et des températures négatives. On a bien rigolé à trois, mais c’est vrai qu’on n’avait pas eu de prise en main et le bateau venait d’être maté. A priori cela avait été fait un petit peu à l’arrache, mais on est quand même parti avec le bateau… J’avais déjà un petit peu navigué sur des Figaro BENETEAU 3, et on m’avait dit qu’il fallait être un petit peu bourrin avec ces bateaux. Un moment, on avait pas mal de vent et l’on vire de bord. À ce moment, la grande voile se déchire sur la chute, et lorsque l’on commence à l’affaler, tout le gréement au vent s’est détendu. On a vraiment cru qu’il y avait un problème de gréement et que nous n’étions pas loin de démâter. Très vite on a sécurisé le bateau, et nous nous sommes déroutés vers Port-la-Foret où l’on avait trouvé une solution pour pouvoir s’occuper du gréement. On a fait route, avec seulement notre génois et le mat sécurisé par des drisses. On s’est rendu compte à Port la Foret en refaisant le check complet du gréement pour nous assurer qu’il n’y avait rien d’anormal. Au final, il était seulement mal réglé ! Plus de peur que de mal, on a juste passé un petit peu de temps à le rerégler de nouveaux. Je pense que ce n’était qu’une sale journée même si ça faisait un petit peu bizarre pour la prise en main de ce bateau. J’étais un petit peu inquiet car je venais de l’acheter. Plus de peur que de mal !


5/ La Solitaire du Figaro Paprec en 3 mots ?

Pour moi ce serait de l’Endurance, de la Maîtrise, et de la Régularité. Endurance car ce sont trois grandes étapes où il faut pouvoir tenir 600 miles à chaque fois pendant 4 à 5 jours. La maitrise car il y a un tel niveau qu’il faut tout maîtriser. Que ce soit depuis le début avec l’analyse météo et la stratégie mise en place, et puis après garder un bateau qui est tout le temps rapide et qui reste en contact avec les autres. C’est vraiment une maîtrise de A à Z de sa course. Et puis de la régularité, car il faut réussir à le faire trois fois d’affilée, et c’est ce qui paye ensuite !


6/ Raconte-nous ta journée type de marin hors-course

Pour la journée type de marin, elle est en général bien remplie. Je n’ai pas un budget énorme cette année donc je m’occupe de tout mon projet de A à Z. Que ce soit de la préparation de mon bateau, à la communication, à la gestion du projet, et à l’entraînement. Hors période de course j’ai toujours un petit temps derrière l’ordinateur pendant la journée malheureusement. Soit pour faire des dossiers, répondre à des mails, gérer la communication, soit aussi pour développer le projet avec les enfants. Ça me prend souvent du temps les matins. Si le bateau est à l’eau, je vérifie les horaires des marées pour me caler un petit entrainement. J’ai toujours une petite liste de chose à travailler donc j’essaye de cocher des cases au fur et à mesure dès que le bateau est à l’eau. Lorsque le bateau est au sec je suis plus sûr de la préparation, donc je bricole pas mal pour que le bateau soit optimisé et fiable. J’ai toujours une belle jobliste de travail et ça occupe pas mal de temps !

Si je ne suis pas allé naviguer, je vais faire une petite session de sport en fin de journée. L’idée c’est de rester en bonne forme physique donc je fais du kitesurf ou de la préparation physique. Ça peut aussi m’arriver de retravailler le soir sur mon ordinateur car il y a beaucoup de choses à faire. En général, ça me fait des grosses journées !


7/ Quelle chanson inavouable écoutes-tu quand tu es seul au large et qui peut aider contre la fatigue ou l’angoisse ?

Je suis quelqu’un qui écoute peu de musique. Mais il y a une musique que j’aime beaucoup de Portishead qui s’appelle « We Carry On ». Elle est très entrainante et assez motivante. Sinon j’écoute pas mal de techno et j’écoute assez souvent Boris Brejcha avec la musique « House Music » qui redonne la pêche. C’est plus contre la fatigue car je suis rarement angoissé sur le bateau.


8/ Ton objectif cette année, tes ambitions futures ?

L’objectif de l’année, c’est cette Solitaire du Figaro Paprec. Je suis Bizuth donc l’objectif est aussi de gagner le classement Bizuth de cette épreuve. Sinon j’aimerais bien aussi faire un top 10 sur le classement général voire mieux si possible, mais je pense que ça serait déjà génial !

Je souhaite continuer en Figaro l’an prochain, mais j’ai déjà un petit œil sur le Class40. L’idée, c’est de faire la Transat Jacques Vabre juste après La Solitaire du Figaro Paprec avec Pierre Daniellot. Ça fera une première année bien remplie, mais mon objectif c’est de faire carrière dans la course au large !


9/ Un ancien figariste qui te sert d’exemple aujourd’hui ?

Ça remonte un petit peu, mais j’aime beaucoup l’histoire de Kito de Pavant qui a fait beaucoup de Figaro. C’est une belle histoire d’avoir un Méditerranéen qui était basé à Port Camargue, qui s’entrainait devant les paillotes, et qui allait titiller les Bretons sur le circuit Figaro. Ça m’a pas mal inspiré et même si on arrive assez tard dans le monde de la course au large, et que l’on n’est pas Breton on peut quand même faire quelque chose.


10/ Un dernier mot ?

J’ai hâte d’y être, j’ai hâte d’être à cette Solitaire du Figaro Paprec, et de pouvoir en découdre. J’espère être prêt, que mon bateau soit nickel chrome, et que je sois en forme de mon côté aussi. C’est l’aboutissement d’une grosse année de préparation et de sacrifice, j’espère que ça va le faire et je vais tout donner pour y arriver !