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L’homme qui murmurait à l’oreille des Figaro

Publie le 21/06/2019

Yoann Richomme avec deux premières superbes manches, conserve sa place de leader au classement général malgré une troisième manche moins percutante pour cause de renverse à Aurigny. L’homme s’explique sur sa manière de naviguer et sur les enjeux de cette fin de cinquantième édition de La Solitaire URGO Le Figaro.

1er, 2ème, 13ème : le score de Yoann Richomme (HelloWork-Groupe Télégramme) est sans appel et son leadership s’exprime par son avance sur ses poursuivants, surtout sur les trois qui ont fait le break à Aurigny ! Gildas Mahé (Breizh Cola-Equi’Thé) est à 1h 11’ 14’’, Alexis Loison (Région Normandie) lui rend 2h 07’ 12’’ et Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) concède 2h 21’ 32’’. Et avec moins de trois heures d’écart sur le premier, il ne reste plus que Corentin Douguet (NF Habitat) à 2h 35’ 18’’, Benjamin Schwartz (Action contre la faim) à 2h 43’ 01’’ et Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur) à 2h 48’ 05’’.

Toutefois il reste encore une manche entre Roscoff et Dieppe en passant par la pointe bretonne, les côtes de la Cornouaille britannique, les plages du débarquement américain, et la centrale de Flamanville. Une étape qui devrait surtout brasser les résultats finaux pour la troisième marche du podium car la marge de Yoann Richomme sur Gildas Mahé est importante (1h 11’ 14’’) et celle de Gildas sur Alexis Loison conséquente (55’ 58’’). Alors Yoann, quelle stratégie pour ce rush final ?

« Je ne suis pas sûr que le fait que nous naviguions sur un nouveau monotype modifie grand-chose. La méconnaissance du support change un peu les paramètres parce que certains estiment que cela ouvre les options, mais pour moi, ça reste globalement le même jeu. Moi, je fais ma course et ce n’est que dans la dernière section du parcours que tu peux marquer un concurrent : là, ce sera le passage de Barfleur, l’atterrissage sur Saint-Marcouf et le sprint final pour Dieppe. Et une heure, dans ces coins, ça va très, très vite pour les gagner ou les perdre… Au sein du trio de tête, on va plutôt chercher à naviguer propre qu’à tenter des coups.

Ceux qui vont tenter de se démarquer, ce sont ceux qui n’ont plus rien à perdre ! Un solitaire qui veut marquer l’étape. Mais il y a toujours le facteur algues : il y en a un paquet en ce moment. Alors on essaye des choses pour s’en débarrasser et on a trouvé quelques trucs pour ça. Il faut arrêter de plonger pour s’en sortir car ça a coûté très cher à certains… Mais ça reste compliqué : parfois, j’ai gardé de petites algues parce qu’entre la perte de vitesse réelle et le temps mis à les enlever, il faut choisir. Pierre Leboucher lors de la remontée entre Granville et Aurigny, a dû plonger et ça lui a fait perdre la possibilité de passer avec Alexis Loison… C’est une problématique de l’architecture navale puisqu’il faut des voiles de quille droits pour aligner les centres de poussée, de dérive, de gravité. Et c’est très efficace pour attraper des algues.

La Solitaire n’est pas une course simple ! Des coureurs qui avaient la formule pour gagner ne l’ont plus ou ne l’ont pas cette année… Car c’est un ensemble de choses qui modifie la démarche : le nouveau bateau, les tracés des parcours, la météo de cette édition, la forme physique et mentale. On s’est retrouvé avec des schémas tordus et je n’ai rien fait de compliqué : je suis allé tout droit ! Et dès que c’était compliqué, je faisais de la vitesse au maximum vers le but. Ça a marché, mais ce n’est pas forcément la bonne technique… J’ai eu de la réussite, alors que certains se sont enferrés dans des impasses.

Je crois que je vais particulièrement vite. Ça ne se voit pas trop parce qu’il y a tellement d’options, de coups tordus et autres qu’on a du mal à analyser qui va vraiment vite et qui se traîne. Je suis à l’aise en vitesse parce que j’ai des réglages de mât que peu de solitaires ont. Pour certains autres, c’est plutôt le réglage des foils, pour d’autres l’écartement des safrans, moi c’est le mât. Alors certains n’y arrivent pas… Car il faut aussi régler les voiles et l’assiette du bateau ! Franchement, je suis un peu étonné d’être le leader de l’épreuve parce que je ne suis pas celui qui s’est le mieux préparé. Je suis juste dans le bon mode pour développer des bateaux, les faire aller vite et naviguer relax. Je n’ai pas de pression, de qui que ce soit : ça aide ! Mais il y a certes des réglages qui vont bien.

Le réglage des foils, ça ne fait pas gagner un nœud de vitesse, mais ça a son importance. En revanche, j’ai sensiblement réduit le spectre d’utilisation de l’incidence : de 8° de battement, je suis passé à 4°. Selon l’allure et la vitesse du bateau, je sais au degré près l’angle qu’il faut au près et au portant, dans la brise et dans le petit temps. Quant à l’écartement des safrans, je n’y ai pas touché une seule fois ! Il y a un peu moins de travail qu’en Figaro Bénéteau 2 parce qu’ils sont plus verticaux sur le nouveau monotype : il y a moins besoin de jouer avec. Et il y a l’assiette du bateau : je recule de plus en plus les poids. Il faut beaucoup de temps pour acquérir les sensations…

Des fois, on a des réglages compléments différents et on va aussi vite ! Moi, je trouve que le Figaro Bénéteau 3 est parlant. Certes, il ne parle pas fort et il faut prendre le temps de l’écouter. Au début, avec Pierre Quiroga, on se disait qu’on ne comprenait rien, mais au fil des semaines, on a commencé à lire ces sensations ! Il y a une lecture différente parce que c’est moins flagrant, et ce monotype traduit des trucs qui permettent de comprendre ce que l’on fait. Alors certains coureurs n’ont peut-être pas appréhendé ses particularités. Mais bon, ramener à la météo et aux parcours de cette édition, cela n’explique pas tout ! Ce n’est pas une année simple… »

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