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Lézard à Lizard

Publie le 23/06/2019

Au passage de la pointe qui marque la fin des records de l’Atlantique, il y avait comme un bizarre lézard météorologique : certes les leaders à Wolf Rock s’en sortaient bien, mais la flotte tournicotait dans un marasme éolien peu propice aux vitesses de la nuit passée. Et plus on avançait dans la journée et vers l’orient, plus la brise s’en allait prier vers d’autres cieux : le premier tampon de cette ultime étape de La Solitaire URGO Le Figaro signait la marque d’une Manche bien retroussée.

Alexis Courcoux
Alexis Courcoux

La marée haute à Penzance, au cœur de la grande baie qui sépare Land’s End du cap Lizard, s’est achevée juste avant 10h, et la flotte des 47 solitaires a donc dû composer avec un courant contraire pour déborder le célèbre cap anglais. Toujours dans le rôle du meneur de jeu, Alexis Loison (Région Normandie) s’était décalé plus au large dès le phare de Wolf Rock enroulé, suivi par son ami Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire). Une option qui portait ses fruits, même si le vainqueur de la précédente étape se voyait concéder la place de dauphin à Jérémie Béyou (Charal) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), suite à une traversée de la baie moins productive.

Quelques rares cargos et un fort joli yawl aurique du siècle passé baguenaudaient dans le coin, tout comme des nasses d’algues aussi brunes et filamenteuses que piégeuses. Le vent s’écroulait doucement passant de vingt nœuds à Land’s End à une petite dizaine de nœuds à Lizard… laissant derrière lui un désagréable clapot résiduel et une bruine aussi persistante que pénétrante. Le gris devenait ainsi la couleur dominante de cette cinquantième édition !

Quand c’est flou, il y a un loup…

En revanche, à raser les côtes de la Cornouaille britannique, le groupe emmené par Yoann Richomme (HellloWork-Groupe Télégramme), Arthur Le Vaillant (Leyton), Lois Berréhar (Bretagne CMB Performance) et Benjamin Schwartz (Action contre la faim) entrait profondément dans la baie de Penzance. L’idée était justement de se protéger du jusant, même si on allait titiller les cailloux de Mount Bay et de Carn Mallow. Mais il fallait à un moment revenir à droite, vers le cap Lizard, quand les falaises bloquaient la voie vers l’Est. Il y avait comme un léger retournement de situation puisque Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) devenait le plus extrême à la côte quand Eric Péron (French Touch) était le plus décalé au large. Difficile d’y voir clair dans ce décor opacifié par de bas nuages saturés d’eau de pluie…

Or c’est bien ce louvoyage vers l’île de Wight qui devrait créer encore des écarts, surtout avec des cellules orageuses qui se baladent en mer Celtique et en mer d’Irlande : il était impératif de s’éloigner le plus possible et le plus rapidement de la pointe Angleterre ! Car une fois le cap Lizard par le travers, les rives cornouaillaises permettraient de tirer un long bord dans la baie de Falmouth avec un flux d’Est d’une dizaine de nœuds pour aller chercher Star Point. A ce rythme de sénateur, les solitaires auront le temps de découvrir les prairies d’Outre-Manche entre deux stratus accrochés aux collines verdoyantes !

« A la sainte Audrey, mieux vaut suer que grelotter » ! Le dicton britannique qui se réfère au triste sort de la fille du roi d’Est-Anglie au 7ème siècle ne devait pas prendre en compte une armada de monotypes cherchant à s’immiscer dans les criques cornouaillaises : les skippers suaient de manœuvres et d’efforts alors qu’il faisait un froid de canard en mer… Et il faudra patienter au moins jusqu’à la nuit prochaine pour que le ciel s’épure de ce couvercle grisâtre. Il y a encore bien des relances à faire dans ce jeu sans atours.

Passages devant le cap Lizard
1-Alexis Loison
2-Armel Le Cléac’h
3-Jérémie Béyou
4-Yoann Richomme
5-Benjamin Schwartz
6-Fabien Delahaye
7-Arthur Le Vaillant
8-Eric Péron
9-Morgan Lagravière
10-Lois Berréhar

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