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PAROLES // Gildas Mahé : « Je m’en sors franchement très très bien »

Publie le 04/09/2020

Parti sur sa 9e Solitaire du Figaro avec des ambitions de podium, Gildas Mahé a failli tout perdre d’entrée de première étape en déchirant la grand-voile de Breizh Cola lors de la procédure de plombage. Finalement reparti grâce à Xavier Macaire, qui lui a prêté sa voile de remplacement, le deuxième de l’édition 2019 a fini 19e à 30 minutes et 53 secondes du skipper de Groupe SNEF, conscient d’avoir frôlé la catastrophe.

Alexis Courcoux/La Solitaire du Figaro
Alexis Courcoux/La Solitaire du Figaro

Cette étape était un peu particulière pour toi, avec d’entrée un retour au port, peux-tu nous raconter cet épisode ?
C’est là qu’on voit que la régate ne commence pas au top départ. Lors du plombage qui n’est pas un exercice très facile parce qu’on est à l’arrêt, en solitaire, avec personne pour veiller, un bateau est parti en vrac, il a fallu que j’évite, c’est Yann de la direction de course, qui s’est intercalé avec son zodiac pour qu’on ne se rentre pas dedans. je me suis retrouvé face à d’autres bateaux, il a fallu que j’empanne en catastrophe pour les éviter et lors d’un empannage un peu à l’arrêt sous grand-voile seule dans 15 nœuds, j’ai explosé ma grand-voile qui s’est ouverte en deux. Je n’étais pas sorti du port qu’il fallait que je rentre et je savais que j’avais perdu la course, parce que j’étais persuadé que j’allais prendre une pénalité. Dans ces cas-là, quand ça fait des mois qu’on se prépare, on pense tout de suite au pire. Quand je suis revenu au port, une palanquée de préparateurs est venue m’aider à fond et Axel, le préparateur de Xavier (Macaire) m’a tout de suite dit qu’il avait la grand-voile de Xavier dans le camion, prête avec les lattes et que si Xavier était OK, il me la prêtait. Ça a duré dix minutes, Xavier a dit oui tout de suite sans hésiter, ils ont préparé la grand-voile, dix minutes après, elle était sur le bateau, le temps de mettre en place quelques trucs, c’était reparti ! Je suis même reparti du ponton avec la grand-voile hissée pour gagner du temps ! Ils ont fait ça vite et bien.

En rentrant, tu étais très déçu, comment fait-on pour se remettre, d’un point de vue émotionnel, d’un tel coup du sort ?
J’ai essayé de faire le vide tout de suite, de me dire qu’il ne s’était rien passé. Dans des cas comme ça, il faut éviter de tomber dans le piège de se dire que c’est plié et que donc, maintenant, tu peux faire n’importe quoi. C’est un peu comme en accidentologie, il faut éviter les suraccidents. Il y a eu une circonstance qui a fait que je me suis tiré une balle dans le pied d’entrée, il ne faut pas en cumuler d’autres. C’est un exercice mentalement difficile.

Et finalement, tu n’as pas de pénalité, donc tout finit bien ?
Oui, j’ai appris que je jury avait retiré sa réclamation après avoir relu la règle, le cas était complexe. J’ai eu un bon coup de bol dans mon malheur, je suis bien content. Et la grand-voile réparée est arrivée, ils ont même poussé le luxe à refaire la petite partie du logo Breizh Cola qui était abîmé avec la réparation, c’est sympa.

Tu as donc pu courir quasi-normalement cette étape, tu finis 19e, à une demi-heure de Xavier Macaire, comment cela s’est-il passé pour toi ?
J’ai vraiment le sentiment de n’avoir pas bien navigué. Je ne sais pas si c’est lié à cet épisode du départ, mais j’ai cumulé les bêtises, j’en ai fait beaucoup. J’ai commencé par un mauvais choix d’option, j’étais dans le bon paquet au niveau des Sept-Îles, je pouvais virer sans problème et me remettre dans le paquet, je ne l’ai pas fait, j’ai continué à l’ouest, cette option était peut-être un peu risquée. C’était le premier choix à faire dans cette Solitaire et j’ai tout misé direct, avec du recul, je me dis que j’aurais peut-être dû laisser les autres miser les premiers. Finalement, ce risque n’est pas payé cher, je touche du bois, mais c’est une bonne leçon. Après, j’ai cumulé les erreurs de manœuvres, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé à ce point. Notamment avant le DST du Fastnet où j’ai ouvert la drisse de spi au lieu d’ouvrir l’amure, si bien que j’ai mis l’intégralité du spi sous le bateau et il s’est déchiré. Il a fallu que je le répare en catastrophe avant de l’envoyer au Fastnet, heureusement, il n’y avait pas beaucoup de vent, parce que je ne pouvais l’utiliser que jusqu’à 15 nœuds abattu, si ça avait été un angle plus serré, ma réparation n’aurait pas tenu. Et heureusement, je n’en ai pas eu besoin dans la descente après, donc je m’en sors franchement très très bien.

C’est finalement une piqûre de rappel ?
C’est une grosse piqûre de rappel, mais je ne trouve pas normal d’en avoir besoin à la première étape de La Solitaire. C’est une grosse erreur professionnelle. Je ne sais pas ce qu’il se passe mais je pense que j’ai passé toute l’étape à tenter de me remettre de cette histoire de départ qui a dû me mettre dedans inconsciemment, parce que je n’ai jamais autant cumulé de bêtises de toute ma vie. Avant l’arrivée encore, je suis le seul à envoyer le petit spi, je fais n’importe quoi dans ma manœuvre, ça dure trois minutes, j’affale… Donc maintenant, simple et efficace !

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