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Francis Le Goff : « On est dans le ton »

Publie le 20/06/2019

Le directeur de course de La Solitaire URGO Le Figaro revient sur la troisième étape qui s’est achevée mercredi en Baie de Morlaix.

Cette troisième étape aura été bien animée, comment l’as-tu vécue ?
Oui, c’était une étape très animée, au-delà de ce que je pensais au départ, il faut être honnête. Maintenant, on sait bien qu’en mer, beaucoup de paramètres naturels évoluent, il y a des parcours annoncés depuis très longtemps, des endroits pas faciles, que la météo vient parfois rendre encore plus difficiles. C’est ce qu’il s’est passé à Aurigny : d’abord, la flotte a été bien plus freinée à Bréhat qu’on ne le pensait, ensuite, avec quelques nœuds de vent de plus, tout le monde passait. Et derrière, on se retrouve avec une dorsale bien plus épaisse que les fichiers ne le prévoyaient. Et il y a eu des choses difficilement explicables, je pense par exemple au groupe d’Armel Le Cléac’h stoppé aux Ecréhou, je ne sais toujours pas ce qu’il s’est passé. Maintenant, je ne changerai pas d’idée sur les parcours, il faut qu’ils soient ambitieux et ouverts, je ne regrette rien et je suis épaté par la ténacité des skippers qui se sont battus tout le temps. Ils ne lâchent jamais et c’est ce qui rend cette Solitaire jolie, celle-là et toutes les autres. Elle existe depuis cinquante ans, j’ai entendu plusieurs skippers demander qu’on ne la rabaisse pas, il faut qu’elle reste exigeante. L’ADN, ce n’est pas de réduire ou d’aller chercher les meilleures conditions pour faire de la vitesse. Après, le bateau a aussi ouvert des champs de possibles que personne n’imaginait peut-être, tout ça se lissera sans doute au fur et à mesure que chacun appréhendera le bateau, ça offre pour l’instant de belles opportunités et je pense que ça rend cette édition passionnante à suivre, avec beaucoup de bouleversements. La philosophie restera celle-là, on est dans le ton.

Au niveau sécurité, il y a eu du travail entre talonnages et plongées pour retirer les algues…
Pour ce qui est des talonnages, ça a toujours existé, personne ne force les marins à pousser quelques centimètres plus loin dans les cailloux. Quand ils enroulent une marque et qu’ils laissent un peu de place, le suivant est vite tenté de prendre l’intérieur, puis encore le suivant et à un moment, il y en a un qui va peut-être toucher. Après, il y a eu l’épisode de Tanguy (Le Turquais), c’était impressionnant, mais le dispositif de sécu était là, on a la chance sur la Solitaire d’avoir des bateaux équipés et des marins pour les mener qui ont de l’expérience et savent être réactifs, Tanguy était en sécurité. Le point noir, c’est le nombre de plongées qu’il y a eu sur cette étape, avec cette quille toute droite qui accroche les algues, c’était trop. Il y a le risque de se faire emmener dans le courant, de prendre un coup, il faut voir aussi que l’eau est encore très froide, c’est vraiment un problème auquel il faut réfléchir, je ne sais pas quelle est la solution sachant qu’ils ne peuvent pas régater avec autant de paquets dans la quille. Mais ce qui est positif, c’est qu’ils ont à chaque fois bien déclaré leur plongée, ça dure en général moins de deux minutes entre les moments où ils appellent et ils remontent, les consignes sont bien respectées, preuve qu’ils ont conscience du danger, on n’y va plus à la hussarde.

Au classement général, Yoann Richomme est en tête avec 1h26 d’avance sur Gildas Mahé, peut-on considérer qu’il a un solide matelas avant la dernière étape ?
En Figaro 2, c’était plié. Là, on imagine que ceux qui sont aux alentours de la sixième place vont se dire que ça va marquer devant et que dans ces conditions, ils vont attaquer de toutes parts. Psychologiquement, le marquage va être dur : qu’est-ce que Yoann va devoir faire ? Continuer à naviguer en prenant en compte l’ensemble des éléments ou les occulter un peu en pensant plutôt contrôle de l’adversaire au risque de laisser partir un coup ? Ça va être passionnant à suivre.

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