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PAROLES // Fabien Delahaye : « Je fais un début de Solitaire qui me plaît »

Publie le 10/09/2020

13e de la deuxième étape entre la Baie de Saint-Brieuc et Dunkerque, Fabien Delahaye, qui s’était classé 5e de la première, occupe la 9e position au général à mi-parcours, à 1h03’45 du leader, Armel Le Cléac’h. Le skipper de Laboratoires Gilbert estime cependant que tout va se jouer lors de la prochaine étape vers Saint-Nazaire.

Alexis Courcoux
Alexis Courcoux

Peux-tu nous raconter ta deuxième étape ?

J’aurais préféré terminer plus devant, mais j’en garde quand même beaucoup de positif, avec d’abord un bon passage à la bouée de dégagement. Après, il y avait des choix pas simples à faire, j’ai tardé à envoyer un gennaker pour me placer, donc j’ai perdu quelques places au début, mais ensuite, j’ai fait une belle trajectoire en Manche, ce qui m’a permis de passer quatrième à Eddystone, ça me conforte sur ma vitesse au près et mes choix stratégiques qui ont été plutôt bons, la guerre avec les algues s’est aussi bien passée… au début. La deuxième traversée de Manche a en revanche été très compliquée pour moi, il fallait déjà savoir où empanner pour faire le long tribord amure vers Antifer, je ne l’ai pas fait exactement au bon endroit, si bien que tout le groupe qui était derrière moi m’est passé devant. J’ai aussi eu une nuit catastrophique, avec des gros paquets de tout dans les appendices, et à un moment, je suis passé sur un gros terrain d’algues, j’en suis ressorti avec un pneu dans la quille, j’ai été obligé d’affaler le spi et de faire des marches arrière pour m’en dépatouiller, je n’arrivais pas à l’enlever. Après pas mal de tentatives, j’arrive à repartir, je renvoie le spi, mais je repars aux alentours de la quinzième place. Du coup, j’ai couru après le paquet jusqu’à l’arrivée, je me suis trouvé d’autres copains avec Adrien (Hardy), Team Vendée (Kevin Bloch), Alan Roberts, et Smurfit avec Tom Dolan. J’ai joué avec ce paquet jusqu’à l’arrivée, ça a été une très belle bagarre avec Alan, on s’est livré une belle bataille d’empannages pour arriver finalement dans la même seconde sur la ligne, c‘était très sympa et malgré la fatigue, ça nous a tenus éveillés jusqu’à l’arrivée. Donc au final, je retiens beaucoup de positif car cette étape confirme ma première, pendant laquelle j’ai tout le temps été dans les cinq. Là, malgré des faits de course cauchemardesques pour moi, je l’ai encore été, espérons que la troisième étape se poursuive dans cette bonne lignée.

Les algues représentent un vrai problème pour vous tous, cela veut-il dire que la façon de s’en débarrasser devient un des critères importants de la performance sur La Solitaire du Figaro ?

Oui, exactement. Dans les zones où on navigue, le focus n°1, c’est les algues. On a beau bien régler le bateau, si on a un paquet d’algues dans la quille, on est collé. C’est impressionnant comment peu d’algues ralentissent énormément le bateau. C’est clair que c’est un truc qu’on n’a pas assez bossé à l’entraînement et qui est pourtant prioritaire.

Au général, tu es encore dans le coup pour viser le podium voire mieux, quel est ton objectif désormais ?

Je n’ai même pas regardé le général, je ne sais pas te dire si je suis dans les dix ou pas (on lui montre alors son classement). Je suis à un peu plus d’une heure d’Armel, mais par contre à une vingtaine de minutes du deuxième, donc pas grand-chose. Sur cette étape, on pouvait s’attendre à peu d’écarts et au final, Armel nous a mis un caramel, mais comme sur la première, c’est revenu par derrière et ça a encore limité les écarts entre nous tous. Par contre, il va se passer énormément de choses sur l’étape qui nous arrive. C’est vraiment une étape hors-catégorie. On a tout à passer : déjà sortir d’ici, ensuite tous les pièges qu’on connaît, Barfleur, Blanchard, le Four, le Raz de Sein, toutes les complexités météo, les transitions jour/nuit, les algues, c’est du lourd qui nous attend ! Ça peut en plus être long, c’est celle-là qu’il va falloir regarder au niveau des écarts et sans doute celle-là qui donnera le général final.

Tu étais peu cité parmi les prétendants à la victoire avant le départ de cette 51eédition, en as-tu pris ombrage ?

Ce qui est certain, c’est que je ne me suis pas stressé plus que ça avec mon avant-saison, puisque mon objectif était de travailler. J’ai essayé beaucoup de choses sur les trois premières épreuves (Solo Maître CoQ, Drheam-Cup, Solo Guy Cotten)qui n’étaient pas pour moi des objectifs de performance mais plutôt des objectifs de réponses à trouver. Donc effectivement, je n’ai pas été devant, même si sur chacune, j’ai été au moins une fois à un moment donné dans les cinq, mais je n’ai jamais bien fini, j’ai toujours eu des lacunes. Mais après la Solo Guy Cotten, j’étais vraiment confiant, parce qu’il s’était passé plein de belles choses. Donc je suis plutôt monté en puissance et je suis arrivé assez détendu et confiant sur La Solitaire du Figaro. De là à dire que je fais désormais partie des favoris, je n’en sais rien, mais ce qui est sûr, c’est que je fais un début de Solitaire qui me plaît. Maintenant, il faut briller sur cette troisième place pour viser le général.

Quel objectif te fixais-tu en arrivant en Baie de Saint-Brieuc il y a deux semaines ?

Il y a une chose dont on peut être sûr, c’est que les dix premiers de cette Solitaire, c’est du lourd. Le niveau a énormément progressé, tout le monde connaît désormais bien les bateaux, ça va vite sur l’eau, les différences se font comme d’habitude sur pas grand-chose : des petits placements, de la stratégie… Le moindre petit moment d’inattention peut créer des gros écarts de vitesse entre les bateaux, donc c’est dur de se situer. Au fond de moi, j’ai envie de me battre pour les meilleures places, j’ai l’esprit de compétition, mais je sais aussi que vu le niveau, faire dans les dix, c’est un super résultat sur une Solitaire. Et plus si affinités…

Armel Le Cléac’h est-il détrônable ?

Personne n’est indétrônable. Après, pour l’instant, il est impressionnant dans sa façon de naviguer. C’est un peu un modèle pour ceux qui n’ont pas confiance en eux, parce que lui, il en dégage, de la confiance, pour toujours aller tout seul dans son coin. C’est tout le temps comme ça, c’est son profil, il n’y a pas de flotte autour de lui, il va où il a décidé, et quasiment tout le temps, ça passe. C’est assez fort.

Tu es bien placé pour le savoir puisque vous aviez gagné ensemble La Transat AG2R La Mondiale (en 2010)…

Oui, on n’avait pas gagné sur un coup stratégique énorme, par contre, je n’en garde que de bons souvenirs, j’avais beaucoup appris sur la manière de fonctionner à deux, sur sa manière à lui de naviguer, sur la confiance et sur le fait de ne rien lâcher. Là sur cette Solitaire, on sent qu’il est bien déterminé et qu’il n’a pas travaillé pour rien.

La fatigue va sans doute commencer à jouer un rôle de plus en plus important sur l’issue de cette Solitaire du Figaro, qu’en penses-tu ?

Oui, on le voit déjà sur cette deuxième étape, il y a eu pas mal de « faits divers », entre le talonnage de Robin (Marais), les problèmes de spi d’Achille(Nebout), tout ça commence à arriver parce que La Solitaire est une course difficile qui se joue dans la durée. Donc clairement, plus ça va, plus les organismes fatiguent, plus les gens sont à même de faire des grosses erreurs qui coûtent cher, c’est aussi une course par élimination. Sur la troisième étape, ilva falloir éviter la grosse erreur qui fera perdre La Solitaire.

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