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Charlie Dalin ou le paradoxe de La Solitaire du Figaro…

Publie le 09/03/2021

Exigeante, formatrice, révélatrice de talents… La Solitaire du Figaro peut, depuis plus de 50 ans, être qualifiée de bien des manières. Mais l’épreuve monotype regorge également de quelques paradoxes et non des moindres. S’il est bien un marin pour incarner ce constat, c’est Charlie Dalin ! Le premier skipper à avoir coupé la ligne d’arrivée du Vendée Globe 2020, leader d’une grande partie de ce tour du monde, a participé à sept éditions de la grande classique estivale, a terminé cinq fois sur le podium et décroché deux fois le titre de Champion de France Elite de Course au Large. Un palmarès incroyable qui met pourtant une absence en évidence… Jamais le skipper havrais n’a remporté La Solitaire du Figaro malgré sa régularité de métronome. Mais si 2021 ne marquera pas le retour du skipper Apivia pour cause de Transat Jacques Vabre, il ne ferme en aucun cas la porte à de prochaines retrouvailles. On peut même dire que le garçon conserve farouchement une idée en tête : combler ce « vide » !

Alexis Courcoux
Alexis Courcoux

Tu as participé sept fois à La Solitaire du Figaro, terminé trois fois troisième, deux fois deuxième, cette course a-t-elle été pour toi la voie royale vers le Vendée Globe ?

« La Solitaire du Figaro est pour moi la meilleure école pour progresser, se former et pouvoir un jour s’aligner au départ du Vendée Globe avec des velléités sportives. C’est une course très exigeante sur laquelle le niveau est toujours très élevé. Le format ne laisse que peu ou pas de droit à l’erreur parce que les bateaux sont très proches en termes de vitesse. Tu as un bateau donné et tu dois apprendre et réussir à en tirer le maximum. Il n’est pas possible de se reposer sur des écarts de vitesse liés à la technologie, en dehors éventuellement du travail que tu peux faire sur les voiles. C’est vraiment le marin qui fait la différence. C’est lui qui doit tout gérer : le sommeil, la pression, les nouveaux départs en cours d’étapes, les passages à niveau, le fait de naviguer très groupés… L’avantage du Figaro te permet aussi d’enchaîner les heures de navigation, de faire ses gammes et d’engranger le volume nécessaire de temps d’entraînement. »

Maintenant que tu as l’expérience du Vendée Globe, mené en leader une grande partie de la course, dirais-tu que l’une est plus difficile que l’autre ?

« Forcément, le Vendée Globe est une course longue et cette durée engendre de la fatigue, des avaries petites ou plus importantes… Mais La Solitaire du Figaro est également une course très difficile qui te permet d’apprendre à connaître tes limites, notamment en termes de sommeil. Tu apprends beaucoup sur toi et pour la suite. Le rythme et l’enchaînement des étapes est particulièrement fatigant. Cette fatigue s’accumule. Tu ne peux pas te permettre de passer à côté d’une étape. Il faut être régulier, complet ! »

En quoi La Solitaire du Figaro t’a aidé à mener ce Tour du monde de cette manière ?

« Si on revient sur la remontée de l’Atlantique et sur ce gros coup de pression de la part de la concurrence, je n’ai pas été déstabilisé par la situation. C’est une donnée avec laquelle j’ai dû composer pendant sept éditions de La Solitaire du Figaro. Je n’ai pas ressenti de pression particulière, même avec la fatigue. En tant qu’ancien figariste, j’étais armé pour la gérer. »

Qu’est-ce qui est ou peut être similaire sur un Vendée Globe et une Solitaire du Figaro ?

« Paradoxalement, malgré une échelle de temps très différente, quand le départ est donné, tu te dis que le moment où tu pourras souffler, c’est quand tu passeras la ligne d’arrivée… et rien d’autre n’arrêtera le chronomètre. Je pensais d’ailleurs en avoir terminé avec ces histoires de chronomètre sur le Vendée Globe, le scénario de cette année a prouvé le contraire ! »

Tu n’as jamais gagné La Solitaire malgré une régularité aux avants postes exceptionnelle comme le prouvent tes cinq podiums d’affilée, c’est cruel une course au temps ?

« Le format est le bon, il ne faut pas le changer ! J’aime le côté course au large et moins les sprints de 24 heures. Je n’ai jamais ressenti d’injustice par rapport à cet aspect course au temps. Si je n’ai pas gagné, c’est parce que j’avais fait des erreurs qui m’ont coûté du temps. Quand tu fais une bêtise, tu ne sais jamais quel en sera le prix. Mais ce côté ouvert fait le sel de la course et surtout te force à naviguer tout le temps le mieux possible. »

Cette régularité justement, ils ne sont pas nombreux à l’avoir démontré, à ce niveau, sur La Solitaire. Il ne te manque plus qu’une victoire, te verrais-tu bien y revenir ?

« Oui ! J’y ai même pensé pendant le Vendée Globe mais les dates de l’édition 2021 ne sont pas compatibles avec la Transat Jacques Vabre. Mais c’est bien, de temps en temps, de venir se confronter à une concurrence de plus en plus solide. »

Participer à La Solitaire est-ce une valeur sûre entre deux Vendée Globe ?

« Forcément, ça permet de garder les bons réflexes et de revenir aux fondamentaux ! »

Tu es architecte naval et tu dis t’être régalé dans la construction de ton Imoca « Apivia ». Apprécies-tu la monotypie pour autant ?

« Oui parce que ça te force à pousser la stratégie et à travailler ta capacité à gérer la pression. La pratique de la monotypie est importante pour apprendre à tirer la quintessence de n’importe quel bateau par la suite, y compris un bateau pour lequel tu fais des choix qui te sont propres ».

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