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Pack men

25-08-2011

Cette 42ème Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire sacre un Jérémie Beyou dominateur, mais il lui a fallu construire pierre par pierre cette victoire face à une armada d’attaquants. Et derrière lui, nombre de coureurs se départagent de quelques minutes, voire quelques secondes seulement après plus de 250 heures de course sur les 1 647 milles du parcours… Cette édition confirme la méthodologie à adopter pour briller : grappiller les places par petits coups successifs tel un « pac-man » !

Il y a les mots, des mots qui tentent de résumer les émotions, les analyses, les commentaires, les souvenirs, les déceptions, des mots qui se précipitent, se percutent, se mélangent pour exprimer une multitude de sentiments contradictoires, de moments éphémères, de réflexions incertaines… Des mots pris à la volée, des phrases qui sautent du coq à l’âne, des expressions qui tournent comme des derviches, des paroles qui se perdent en vol… A l’arrivée d’une course aussi intense, aussi exigeante, aussi prégnante que La Solitaire du Figaro, les esprits virevoltent, les cœurs s’emballent, les âmes se cherchent quand les corps s’écroulent de fatigue, quand les muscles étirent leurs contractions, quand les jambes flagellent sur des pontons croulants. Il y a des instants suspendus quand la tension chute, quand la pression se relâche, quand l’adrénaline se dissout.

Et il y a les chiffres, les résultats, les classements, les sanctions sportives qui balisent un bilan, mais ne révèlent pas toujours la réalité du terrain, la véritable bataille navale qui s’est jouée pendant près d’un mois, entre cailloux et courants, calmes et vents, manœuvres et virements.


En pack à la seconde près !


La particularité de cette 42ème édition vient de l’extrême réduction des écarts entre les différents groupes qui composent le classement final : au fil des épreuves, les deltas se sont compressés au point d’atteindre seulement 13 secondes pour départager Armel Le Cléac’h et Alain Gautier en 2003 ! Mais désormais ce sont aussi les autres concurrents qui émargent avec des écarts ridicules… A l’image du premier bizuth, Morgan Lagravière (Vendée) septième devant Laurent Pellecuer (Atelier d’architecture Jean Pierre Monier) pour 17 secondes. Tout comme pour Adrien Hardy (Agir Recouvrement) 14ème qui devance Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) de 23 secondes. Et Romain Attanasio (Savéol) concède la 10ème place au deuxième bizuth Xavier Macaire (Starter Active Bridge) pour 45 secondes. Même en bas de tableau, le Britannique Nigel King (E-line Orthodontics) et Marc Emig (Ensemble autour du monde) ne sont séparés que d’une minute… Sachant qu’une minute représente 0,016% du temps global de course, et avec une moyenne pour le premier de 6,4 nœuds sur 1 647 milles, le différentiel n’est que de 0,001 nœuds sur plus de dix jours de mer !

C’est dire si cette 42ème édition a marqué tous les esprits parce que la victoire de Jérémie Beyou (BPI), incontestable et incontestée quasiment dès le départ de Perros-Guirec, a été arrachée par toutes petites touches, par des bords homéopathiques, des micro-décalages, des nano-options. Car la particularité de ce parcours était son format très côtier, avec nombre de passages à niveau dus aux courants de marée (Barfleur, le raz Blanchard, le raz de Sein, le Four, Land’s End par deux fois !) qui n’ont finalement jamais créé une échappée. Et ce malgré des conditions météorologiques très variées avec des phases de petit temps au près et au portant, de grands bords de largue serré sous spi dans le médium faible, du près avec forte mer et belle brise, un vent arrière d’anthologie par 30 nœuds, des louvoyages tactiques… Il fallait donc être très complet, très à l’aise, très vigilant et très réactif pour quatre étapes qui ont chacune proposé trois nuits en mer !


Les bleus mettent le feu

Et du côté des bizuths aussi, le match a été de toute beauté puisque deux d’entre eux finissent dans le « top ten » ! Morgan Lagravière (Vendée) est la révélation de cette édition au même titre que le furent en leur temps Laurent Bourgnon, Franck Cammas ou Armel Le Cléac’h. En finissant 7ème derrière le 4ème Nicolas Lunven (Generali), Thomas Rouxel 5ème (Bretagne Crédit Mutuel Performance), et Paul Meilhat 6ème (Macif 2011), le jeune skipper de 24 ans fait déjà figure de « gros bras » dans la série… Et l’ex-Ministe Xavier Macaire (Starter Active Bridge) lui a tenu tête avec brio, terminant à la dixième place à seulement 20’50, tandis que le Britannique Phil Sharp (The Spirit of Independence) démontre que l’armada anglaise va devenir un outsider sérieux pour les prochaines éditions.

Pour d’autres coureurs habitués au circuit, cette édition ne restera pas gravée dans les souvenirs, soit parce qu’ils n’avaient pas les moyens ni le temps de leur ambition pour se préparer et rassembler le budget nécessaire, comme Marc Emig (Ensemble autour du monde) ou Alexis Littoz-Baritel (Savoie Mont-Blanc) ; soit parce qu’ils ont été pénalisés sur une erreur d’appréciation de leur part tel Frédéric Duthil (Sepalumic) qui a encaissé une heure pour ne pas avoir passé une porte ou tel Thierry Chabagny (Gedimat) qui fait une touchette sur un concurrent ; soit parce qu’ils ont connu une avarie majeure comme Anthony Marchand (Bretagne Crédit Mutuel Espoir) qui effectue toute la seconde étape sans pilote, ou Gildas Morvan (Cercle Vert) qui explose ses deux spis dans la même étape ; soit parce qu’ils n’étaient pas habitués à ce rythme permanent de petits coups tactiques sans véritable ouverture sur plusieurs heures à l’image de Eric Drouglazet (Luisina) ou du Portugais Francisco Lobato (Roff)…

Car cette 42ème Solitaire du Figaro était une édition de gagne-petit, de « pac-man » : il fallait avaler un à un ses adversaires, grignoter vague par vague les mètres, agripper chaque risée, accrocher chaque bascule pour arriver parfois, comme lors de l’ultime étape, à quatre sur la ligne en moins de 35 secondes !

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