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Jeu de billes

01-08-2011

En débordant Portland Bill ce lundi en fin de matinée, les 47 solitaires ont maille à partir avec une combinaison délicate : le vent de secteur Sud mollit progressivement à moins de cinq nœuds, la brise tourne au secteur Sud-Sud Est, et le courant va s’inverser : la marée descendante va débuter vers 13h30…

La première étape de La Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire pourrait bien se jouer sur cette phase du parcours, entre la pointe de Portland Bill (au large de Weymouth, futur plan d’eau des Jeux Olympiques de Londres 2012) et la bouée de Fairway (à l’entrée des Needles, donnant dans le chenal du Solent vers Cowes). Moins de trente milles à parcourir, mais probablement à une vitesse d’escargot, voire même au mouillage ! Car le courant va atteindre plus de 2,5 nœuds en milieu d’après-midi et ce jusqu’à 19h ce lundi… Il devrait donc y avoir compression de la flotte dans un premier temps et certainement une légère dispersion dans les heures qui viennent pour tenter de progresser contre ce jusant contraire. Il va en effet falloir composer avec un vent faible traversier, voire même s’orientant au Sud-Est, et un courant qui est plus fort aux abords des pointes, comme celle de Anvil Point à l’entrée de la baie de Poole.

Mouiller ou persister ?


Car si la flotte avançait encore bon train en fin de matinée grâce à un flux de secteur Sud entre 4 et 6 nœuds sur une mer lisse, poussée par un courant de marée montante de deux nœuds, la situation va totalement basculer dès 14h ! De plus de sept nœuds, la vitesse des Figaro Bénéteau 2 devrait chuter à moins de cinq nœuds sur l’eau, ce qui ne fait plus que 2 à 3 nœuds de progression réelle vers le but… En sus, le vent près des reliefs britanniques a tendance à s’élever en altitude avec les falaises de Anvil Point : longer la côte, c’est risquer de s’enferrer dans un calme ; prendre un peu le large, c’est contrer un courant de marée plus fort ; s’écarter franchement des côtes, c’est rallonger sensiblement la route sans être assuré que la brise soit vraiment présente… A 11h, les écarts latéraux étaient peu importants : 3 milles entre le plus au Nord, Jean-Pierre Nicols (Bernard Controls) et le plus au Sud, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque). En longitudinal, le dernier Arnaud Godart-Philippe (Senoble) concédait un peu plus de 11 milles sur le leader, Jérémie Beyou (BPI) et toute la flotte avançait quasiment à la même vitesse.
La question en suspens est donc : faudra-t-il mouiller devant Anvil Point, voire devant la bouée de Fairway en attendant la renverse de courant ? Si oui, les solitaires devront tout de même être aux aguets pour remonter fissa l’ancre quand la brise sera suffisante pour avancer, car le premier à enrouler la marque anglaise va tout de suite créer l’écart : il progressera vers Caen pendant que ses concurrents devront attendre 19h pour bénéficier de la renverse de courant. Si non, quelle voie choisir pour obtenir la meilleure combinaison vent-courant ? Les heures à venir sont donc capitales…

Un triumvirat installé

Depuis quasiment le départ de Perros-Guirec dimanche à 11h, ils ne sont pratiquement que trois à avoir pris le commandement. En effet Jean-Pierre Nicols qui avait décalé sa route pour traverser la Manche n’a non seulement pas tiré les marrons du feu, mais s’est ensuite dispersé au passage de Star Point, rétrogradant à la 42ème place… Ce sont donc Jérémie Beyou, Thomas Rouxel (Bretagne Crédit Mutuel Performance) et Nicolas Lunven (Generali) qui se succèdent en tête au gré de légers décalages latéraux. Mais leur marge de manœuvre est ridicule face au peloton emmené par Eric Drouglazet (Luisina), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) qui a effectué une belle remontée la nuit dernière, Alexis Loison (Port de Chantereyne-Cherbourg-Octeville), Paul Meilhat (Macif 2011), Frédéric Duthil (Sepalumic) et Erwan Tabarly (Nacarat), tous à moins de 2 milles du leader.
Le pointage de ce soir devrait lever le doute, mais entre temps, le plan d’eau s’annonce agité, pas tant par la mer et le vent que par le doute et la hargne des solitaires qui vont devoir se battre contre eux-mêmes : quelle décision prendre ? Mouiller, partir au large, suivre les leaders, se démarquer, affaler le spi pour le génois… La flotte peut partir dans tous les sens, comme des agates dans un jeu de bille, mais qui ramassera le calot ?
DBo.

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