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Thomas Rouxel en éclaireur dans la nuit noire

10-08-2010

La traversée de Manche – sportive, aveugle et humide - touche à sa fin, alors que la flotte entre dans une zone de vents très instables et faibles en approchant de Wolf Rock. Impérial, le Brestois Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) a augmenté son avantage pris dans le goulet hier soir… mais il est suivi à un mille de l’inévitable Armel Le Cléach (Brit Air).

Du vent, de la bruine, de la pluie, de la mer, des cargos dans le rail, des avaries, une bagarre de chiffonniers dans l’obscurité totale… la nuit a été tonique pour les 44 marins encore en course dans cette Solitaire du Figaro ! Après le départ très mouvementé de Brest (lire communiqués précédents), la flotte a bataillé quasiment à l’aveugle dans une nuit très humide où l’on distingue à peine l’avant du bateau. Le vent de sud-ouest annoncé est monté jusqu’à 25 nœuds et a donné lieu à un sprint « de sangliers » comme ils disent, au largue sous spi, dans une mer courte et désordonnée qui faisait violemment taper les bateaux dans les vagues. Un petit jeu furieux qui fait parfois claquer les spis… lesquels font régulièrement savoir qu’il suffit maintenant et rendent leur tablier au capitaine. « Il y aura du travail pour le voilier de Kinsale » confirme le directeur de course Jacques Caraës, Ainsi, Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls), Jean-Charles Monnet (Paris 15 – Château Peyrat-Fourthon), Sébastien Josse (Vendée), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) déplorent des déchirures dans leurs voiles ballons. Des avaries qui s’ajoutent à celles enregistrées sur le départ par François Gabart (Skipper Macif 2010) et Armel Tripon (Gedimat) : plus d’aérien et varangues décollées suite à talonnage pour le premier cité, frange dans la coque suite à un abordage pour le deuxième. Tous deux ont courageusement poursuivi leur route et régatent malgré tout.

Un dangereux échappé
La course dans tout ça ? Thomas Rouxel est tout simplement impérial. Le skipper de Crédit Mutuel de Bretagne a encore augmenté son avantage acquis dès son jardin de la rade de Brest. Au pointage de 4h, il devance d’un peu plus d’un mille… Armel Le Cléac’h (Brit Air) le leader du classement général. On notera d’ailleurs que Thomas Rouxel ne rend qu’une heure et demie à Armel Le Cléac’h au général… et devient donc menaçant, tandis que François Gabart émarge en 15e position à 2,9 milles. Autrement dit… Thomas Rouxel, troisième du général est un échappé très, très dangereux… à la fois pour Armel Le Cléac’h et François Gabart !

Mais n’anticipons pas. La route est encore longue jusqu’à Kinsale, encore distante de 235 milles pour le leader. D’autant qu’il y a une nouvelle donne : les spis sont rentrés dans les soutes. Le vent a considérablement molli, à moins de 10 nœuds et tourné à l’Ouest, voire nord-ouest par moments ! Vers 2h30 du matin on a même traversé une bulle de pétole totale… Tant et si bien que les dernières poignées de milles jusqu’au phare de Wolf Rock – dont on aperçoit l’éclat laiteux sur un horizon toujours bouché – vont se faire sous génois, au près serré, voire en tirant des bords. A quelle sauce allons nous être croqués à Land’ s End, la « fin de la terre » de Grande Bretagne ? Telle était la question la mieux partagée à bord des Figaro tôt ce matin, où des skippers détrempés attendent avec impatience le point du jour. Ne serait-ce que pour apercevoir enfin leur voile d’avant…

BM à bord du catamaran Direction de Course.

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