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Un départ très rock’n roll

09-08-2010

Si les 349 milles de cette troisième étape à destination de Kinsale (Irlande) sont à l’image des premières heures de course dans le goulet de Brest, il faudra avoir le cœur bien accroché ! Le départ a été donné à 14 heures. S’en est suivi une série de rebondissements rocambolesques ou malheureux : départs volés, collisions, talonnages et spectacle grandiose au ras de falaises. En fin d’après-midi, dans la brume et sous la pluie, la flotte s’extirpait des côtes brestoises pour une traversée de Manche humide et sportive.

Ce lundi matin, sur les pontons du Moulin Blanc investis par les familles et les proches, les skippers n’avaient plus la mine fraîche des premiers jours. La moitié de La Solitaire est déjà dans les bottes. Elle pèse sur les épaules et les dos endoloris. Certains ont déjà grillé leurs jokers dans les deux étapes précédentes, d’autres ont désormais le costume de l’homme ou de la femme à battre. Dans les deux cas, avec la fatigue qui pointe et le stress habituel du départ, la responsabilité est parfois un peu lourde à porter. Frédéric Duthil, forcé de quitter la course pour des raisons médicales, aurait bien aimé connaître à nouveau cet état étrange où l’appréhension se mêle à l’excitation. Mais avec son coude bandé, il restera sur le quai où il est venu ce matin saluer ses 44 collègues.

Départ volés et collisions

Vers 11 heures, les premiers bateaux abandonnaient leurs amarres tandis que La Belle Poule, le navire école de la Marine Nationale appareillait toutes voiles dehors. La rade de Brest était inondée de soleil comme pour rasséréner les cœurs. Mais pas pour calmer les esprits. Avant même l’envoi de la procédure de départ, quelques monocoques jouent à touche-touche mais sans gravité (La Solidarité Mutualiste puis Marcemigetmoi.com). A 14 heures, au moment de s’élancer vers l’Irlande, la température monte encore d’un cran. De nombreux bateaux volent le départ, reviennent sur la ligne pour réparer mais s’en suit une situation de confusion et ils sont plusieurs à réclamer. A ce moment-là aussi, le vent bascule à gauche et c’est sur un bord que les solitaires rejoignent la bouée Seamobile mouillée à 1,5 milles de la ligne, non loin de la pointe des Espagnols.

Deux concurrents ferraillent alors en tête : Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) et François Gabart (Skipper Macif 2010), accessoirement les 2e et 3e du classement général provisoire. Ils ferraillent tant et si bien qu’au passage de la marque, les deux bateaux se touchent suite à un refus de tribord de Rouxel. L’aérien de Skipper Macif 2010 (instrument en tête de mât qui permet aux navigateurs d’obtenir toutes les informations concernant le vent et aux pilotes de fonctionner sur ce mode) est cassé. Thomas Rouxel effectue un tour de pénalité, suivi de quelques autres coureurs qui touchent la bouée. Puis, les spis sortent des sacs et la flottille glisse bientôt au portant vers la deuxième marque de parcours.

Les malheurs de François Gabart et d’Armel Tripon
Mais pour François Gabart qui enroule en tête à la bouée Radio France devant Thomas Rouxel, Sébastien Josse (Vendée), Eric Peron (Skipper Macif 2009) et le bizuth Francisco Lobato (ROFF/Tempo-Team), les ennuis ne sont pas terminés. Au sud du goulet, il flirte d’un peu trop près avec les hauts fonds et s’échoue dans une crique entre la pointe de Kerviniou et celle des Capucins. Plus de peur que de mal car il parvient très rapidement à se désengager en sautant à pied sec et en poussant « tout simplement » son bateau ! Cet incident ne lui coûte qu’une bonne dose d’adrénaline, deux varangues abîmées et sa place de leader de début de course. Armel Tripon a eu moins de chance. Suite à une collision avec un autre voilier, la coque de son bateau a été endommagée sur un mètre au moins. Le skipper de Gedimat a annoncé qu’il faisait route vers l’Aber Wrac’h pour réparer et qu’il demandait l’assistance de son préparateur.

Spectacle à couper le souffle au ras des falaises
Pendant ce temps, la flotte, au près, est éclatée de part et d’autre du goulet pour se protéger des 4 nœuds de courant contraire qui déroulent au milieu du couloir. A virer au ras des cailloux, l’exercice est dangereux, mais le spectacle magnifique. Les nombreux plaisanciers venus sur l’eau et les promeneurs campés sur les falaises n’en perdent pas une miette.

Vers 16 heures, au phare du Minou, à la sortie du goulet, 200 spectateurs sont là pour applaudir les marins manœuvrant à quelques longueurs des falaises. Le groupe de bateaux ayant serré au nord a pris l’avantage, Thomas Rouxel en éclaireur. On y trouve dans le désordre Yann Eliès (Generali-Europ Assistance), Nicolas Lunven (Generali), Adrien Hardy (Agir Recouvrement), Armel Le Cléac’h (Brit Air), Erwan Tabarly (Nacarat) ou encore Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls). Le ciel s’est à nouveau bouché et la pluie commence à tomber. Les cirés sont maintenant de sortie et ils ne devraient plus être retirés avant longtemps ! En fin d’après-midi, les 44 navigateurs poussaient toujours vers la sortie. Ils devaient ensuite passer le chenal du Four et laisser la cardinale grande Basse Portsall à bâbord. Demain matin, après une traversée de Manche au reaching dans un vent d’ouest-sud-ouest fraîchissant jusqu’à 25 nœuds, ils devraient atteindre la pointe de la Cornouaille et le phare de Wolf Rock, premier grand carrefour de cette troisième étape.

C.El

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