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Les heures de vérité

10-08-2008

Cette régate n’est pas finie. Tout se joue dans les 30 heures qui viennent. Le classement général, le podium, les places d’honneur. En tête, un groupe de neuf bateaux - parmi lesquels Gildas Morvan, Erwan Tabarly et Frédéric Duthil – attaque fort. Le leader Nicolas Troussel, a pris un vrai risque en s’isolant dans le nord du plan d’eau mais n’a pas dit son dernier mot : il est revenu à 10 milles. Chez les bizuths, Adrien Hardy et François Gabart sont à égalité !
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Ventée, sportive, musclée, engagée… cette dernière étape de La Solitaire a déjà eu raison de huit concurrents, qui ont abandonné pour raisons diverses (matériel, physique…). Depuis ce matin, tous ceux-là sont à bon port dans le très bel abri de l’Aber Wrac’h. Au large en revanche, la bataille fait rage, à une trentaine de milles de la bouée Brittany Buoy. La « guerre » est un peu moins dure qu’hier pour les 38 solitaires encore dans le match. « Le vent a molli à 15/18 nœuds d’ouest et la mer est un peu plus longue, moins déferlante moins creuse », témoigne en mer le directeur de course Jacques Caraës. Rincés, trempés, fourbus, ils ne vont pas s’en plaindre, tant les dernières 24 heures ont été éprouvantes. Rivés à la barre, guettant l’accélération, ils sont à l’attaque en suivant les grains et oscillations du vent, tentant d’enchaîner les meilleurs bords pour aller chercher la bouée au vent de ce parcours banane géant, au large de la Bretagne. Cette fameuse Brittany Buoy qui sera virée en soirée par les leaders, peut-être aux alentours de 21h.
Les leaders ? Ceux qui ont pris la route du sud dès la pointe du Cotentin et le long des cailloux de Bretagne nord se frottent les mains. Pour l’instant en tout cas, leur trajectoire à l’intérieur des Sept-îles ou encore dans le sud de la route médiane leur a permis de prendre un léger avantage. Gildas Morvan, Erwan Tabarly et Frédéric Duthil sont de ceux-là. Respectivement 2e, 3e et 4e du classement général, les skippers de Cercle Vert, Athema et Distinxion Automobile sont dans ce groupe de tête où on ne compte pas un seul mais neuf leaders : ils tiennent tous en un petit mille ! Aux côtés de ces trois-là, tour à tour devant ou derrière pour quelques longueurs, on trouve Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), Eric Drouglazet (Luisina), Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), Nicolas Lunven (Foncia) et Armel Tripon (Gedimat). Inutile de se fier davantage aux pointages : parmi ces neuf-là, on joue aux chaises musicales à chaque pointage au gré des virements de bord. De 1er à 9e, la place de meneur ne tient qu’à un fil. Beaucoup sont au contact, se virent dessus à vue… La guerre contre les éléments a laissé place à la bataille tactique : une jolie compétition de tricot pour progresser contre le vent qui défend l’accès à Brittany Buoy.
Egalité chez les bizuths !
Le leader du général Nicolas Troussel (Financo) n’est pas dans ce match. Sa route nord l’a isolé et il cravache pour revenir, au moment où la flotte commence à faire l’entonnoir. Son matelas de six heures d’avance reste confortable, d’autant qu’il a déjà réduit de moitié son déficit de 20 milles enregistré hier. Reste à savoir s’il aura réellement du retard à la bouée et si oui combien, sachant qu’une fois celle-ci virée, les premiers vont accélérer au portant pendant que les copains de derrière continueront à tirer des bords deux fois moins vite.
Du 2e au 18e du général… et jusqu’au 38e d’ailleurs, tout comme du 1er au 9e de l’étape et même jusqu’au 14e (Jeanne Grégoire, à 3,7 milles) voire davantage, la lutte est intense, tendue, à tous les étages et à toutes les latitudes. Mention spéciale aux bizuths François Gabart (Espoir Région Bretagne) et Adrien Hardy (Agir Recouvrement). Grosso modo, ces deux débutants-là sont à égalité, à 130 milles de l’arrivée ! On pourrait multiplier les exemples, comparer avantages et inconvénients des latitudes, sachant que le latéral est énorme entre le bateau le plus au sud et le plus au nord : 75 milles à 30 milles de la marque au vent. En langage terrien : près de 140 kilomètres du nord au sud pour aller chercher le même point, 55 kilomètres devant l’étrave… Avantage sud pour l’instant, mais sait-on jamais ? Côté météo, le vent restera ouest toute cette soirée avant une bascule sud-ouest cette nuit, annonciatrice de l’arrivée d’une nouvelle dépression bien creuse, pouvant de nouveau générer des vents allant jusqu’à 40 noeuds. Mais au moment de ce nouveau coup de vent, explique Richard Silvani, de Météo France « la flotte devrait être en totalité sur le chemin retour, donc au portant avec des vitesses de rapprochement beaucoup plus élevées. » Et pourquoi pas être à l’abri avant ce nouveau coup de chien, prévu pour mardi matin. Pour l’instant, les premiers sont attendus à l’Aber Wrac’h dans la nuit de lundi à mardi, au terme de ces heures de vérité. Quand il faudra déclencher chronomètres et calculettes avant de féliciter les vainqueurs et réconforter les vaincus.
BM



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