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Ouessant : du jeu dans le jus

03-08-2008

Dans quelques heures, le passage de la pointe bretonne sera l’avant-dernier grand tournant dans cette deuxième étape de La Solitaire du Figaro. Le leader Gildas Morvan parviendra t-il à passer au vert, laissant ses poursuivants lutter dans les (forts) courants contraires ? « A Ouessant, il va y avoir des cris et des pleurs » promet Gérald Veniard. Que ceux qui n’auraient pas réussi à tirer leur épingle du jeu dans le jus se rassurent : ils auront droit à un deuxième joker au raz Blanchard…

Franck Le Gal en route vers la Trinité sur Mer
La nouvelle qui a marqué de son sceau cette deuxième journée de course est la mésaventure survenue à Franck Le Gal (Lenze) qui a démâté après s’être fait abordé vers 2h00 du matin par un cargo. Malgré cette grosse frayeur et la déception de devoir abandonner la course, Franck Le Gal avait la situation bien en main et a pris le chemin de la Trinité sur Mer au moteur, après avoir été ravitaillé en gasoil par Eglantine, un des navires accompagnateurs de l’organisation. A 15 heures cet après-midi, il se trouvait à 152 milles de son port d’attache.
Il est vrai que la flotte a longé toute cette nuit la route empruntée par les cargos et que le trafic commercial est toujours dense dans le golfe de Gascogne, les conditions de brume et la mauvaise visibilité sur zone n’arrangeant rien à l’affaire. Quoi qu’il en soit, les skippers ont redoublé de vigilance, soulignant qu’en dépit des systèmes de surveillance perfectionnés tels que l’AIS (automatic identification system) et l’Activ’Echo, ce genre d’incident exceptionnel pouvait toujours se produire.
Pour les autres, donc - à l’exception d’Eric d’Hooghe (FMC Recyclage-Thomson Recyclage), qui privé de pilote automatique, a annoncé ce matin son abandon dans l’étape 2 et fait route vers Brest - la course continue. Une course qui va se révéler palpitante d’ici les premières heures de la soirée, au moment où la tête de flotte abordera la pointe de Bretagne…
Cet après midi, les 50 Solitaires naviguaient dans la grisaille et sous le crachin, dans un vent forcissant aux abords d’un front. Avec 20 nœuds de sud-ouest (voué à fraîchir jusqu’à 25 nœuds), poussés par une houle désordonnée, ils s’appliquaient tous à faire avancer la machine à coups d’empannages assez tactiques, derrière un Gildas Morvan (Cercle Vert) intouchable depuis bientôt 36 heures.
Gildas Morvan passera t-il au feu vert à Ouessant ?
9,5 milles devant ses poursuivants, le skipper de Cercle Vert était en grande forme, bien que déplorant ironiquement son état de solitude : « Je suis un peu comme en transat, seul sur ma route. Cela fait un moment que je ne vois plus aucun concurrent. Pour l’instant, je me concentre sur mon atterrissage à Ouessant ». Ce passage, laissé libre, sera peut-être le juge de paix de ce parcours de 475 milles. Cet après-midi, en tout cas, il cristallisait toutes les interrogations et tous les efforts des marins.
S’il poursuit sur sa lancée, Gildas Morvan y est attendu ce soir entre 22h00 et minuit, heure locale… un timing crucial qui correspond à la renverse des courants de marée dont le coefficient est de 100. S’il arrivait 1 heure plus tôt, les conditions lui seraient favorables. Mais dès 22h00, il faut commencer à remonter en sens inverse le tapis roulant. A 23 heures, dans le Fromveur (entre Ouessant et Molène), le courant sera défavorable de 3,5 nœuds et deux heures plus tard, il faudra lutter contre un jus de 7 noeuds ! Si Gildas Morvan parvient à passer au feu vert, le reste de la troupe aura droit au mieux à un feu clignotant orange, voire rouge clair. C’était en tout cas l’analyse peut-être prémonitoire de Vincent Biarnes (Côtes d’Armor) : « La pointe Bretagne, tout le monde connaît bien le coin. Ce qui est difficile c’est que Gildas va passer à la bonne heure, à mi-marée avec le courant favorable, alors que nous on va arriver juste à la renverse et ça va être compliqué. Je pense qu’on va encore perdre des milles sur lui et il faudra cravacher une fois sortis de cette zone. »
Bataille d’empannages et de placement
« Gildas pourrait bien nous faire une ‘Troussel’ » s’inquiète aussi Gérald Veniard (Macif), évoquant les habitudes de Nicolas Troussel de gagner les manches avec plusieurs heures d’avance. « En tout cas, poursuit-il, à Ouessant, il y aura des cris et des pleurs ! ». Et il y aura un sacré jeu dans le jus, au sein du peloton des 10 à 15 poursuivants qui naviguent depuis ce matin au coude à coude. Les membres de ce club pas si fermé s’appellent – dans l’ordre au classement de 16h00 - : Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), Gérald Veniard (Macif), Romain Attanasio (DCNS 62), Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Grégoire Le Mière (OTCex Group) auteur d’une fulgurante remontée, Nicolas Troussel (Financo), Christopher Pratt (DCNS 97), Nicolas Lunven (Foncia), Erwan Tabarly (Athema), Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires), Jeanne Grégoire (Banque Populaire), Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles)… Ces coureurs qui ont pratiquement choisi leur voie pour l’atterrissage à Ouessant, bataillent à coup d’empannages et se tiennent en à peine plus de deux milles. Et derrière, les écarts sont tout aussi serrés.
Le premier classement de 4h00 lundi matin est donc attendu avec impatience. Nous saurons alors qui ont été les gagnants et les perdants de la pointe du Finistère. Les moins chanceux peuvent toujours espérer se rattraper au raz Blanchard….
Enfin, l’ETA à Cherbourg-Octeville s’affine d’heure en heure. Les lauréats de cette 2e étape sont attendus dans le port normand demain, lundi, entre 19 et 21 heures.

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