Le patron, c’est Troussel
28-07-2008
Nicolas Troussel a remporté ce lundi à 15h50’46’’ la première étape de La Solitaire du Figaro, entre La Rochelle et le cap Ortegal. Le champion de France en titre, vainqueur de cette même Solitaire voilà deux ans, a surclassé ses adversaires dans le tout petit temps d’une étape réduite. La moyenne, très faible, est révélatrice : 4,35 nœuds pour 320 milles de course avalés tant bien que mal en 73 heures, 31 minutes et 46 secondes. Mais surtout le skipper de Financo va infliger des écarts énormes à ses adversaires. Et désormais, il sera le « defender », seul contre 49 challengers qui l’attaqueront de toutes parts.
Il est un peu moins de 16h dans la baie de Santa Marta au cap Ortegal, ce nord-ouest de l’Espagne épargné par les affres de la civilisation. C’est joli cette Galice comme dans les livres d’enfants, ce petit clapot et cet homme seul qui revient quasi incognito des limbes désolées du golfe de Gascogne déserté par les vents. Dans un trop plein de ciel, sous grand-voile et solent, 25 noeuds d’ouest et décor technicolor de carte postale – collines galiciennes, mer qui danse comme il se doit le long du golfe clair, soleil et nuages barbe à-papa - Nicolas Troussel, 34 printemps, est un homme heureux. Après avoir survécu mieux que les autres à l’infernale absence de vent pendant les deux tiers de ce parcours réduit à 320 milles, après avoir comme tout le monde planté des pieux au près dans 25 nœuds avec une sérénité de bûcheron des Vosges dans les dernières heures de course, le voilà qui rafle sa deuxième victoire d’étape dans La Solitaire, après son triomphe de 2006 à St Gilles Croix de Vie. Lequel l’emmena où l’on sait, c’est-à-dire au pinacle. Un dernier virement de bord, sourire harassé aux objectifs, geste de victoire et l’affaire est dans le sac à voile. C’est beau un marin qui gagne au bout de la fatigue et à l’acmé de son talent. On jurerait qu’il a soufflé « pekab », seul à bord, en passant la ligne. Son impeccable à lui de Breton pur beurre qui doit bien faire rigoler ses petites femmes rien qu’à lui, Anouk et Hélène, là-bas au pays. Et quelques autres qui l’ont vu naître à la voile, comme ses copains de la baie de Morlaix Armel Le Cléac’h et Jérémie Beyou, autres vainqueurs de La Solitaire désormais partis chasser le vent autour du monde.
Le monsieur porte le numéro un dans la grand’voile, son sceptre de champion de France de course au large en solitaire. C’est plus commode pour les suiveurs : l’as ne commet pas d’impair et passe. Simple comme Troussel. On pourra toujours reprocher au skipper de Financo que sa bouille toute ronde à la Bibi Fricotin cadre moyennement avec son prénom de Tsar de toutes les Russies. On pourra toujours lui expliquer que c’est une belle faute de goût que se faire applaudir au cap Ortegal par la Royale française - qui suit la course sur La Sterne - vu que c’est précisément ici, le 3 novembre 1805, que le contre-amiral britannique Sir Richard Strachan mit un point final à la campagne de Trafalgar en capturant la dernière escadre tricolore. Mais s’il y a une chose qu’on ne pourra mettre au passif du triomphateur du jour, c’est bien sa capacité à ne pas s’enflammer comme un gosse qui vient de gagner aux billes alors que, pourtant, tout pousserait à la cabriole. Car voilà, ce qu’il y a de rigolo avec les souris, c’est qu’elles accouchent parfois de montagnes. On disait de cette étape qu’elle serait logiquement la plus rapide et la plus facile de cette édition. On pensait que les écarts seraient infimes, comme souvent en Espagne, où on sait qu’il est bien difficile de construire des châteaux. Et puis voilà. Les dauphins sont joueurs mais très loin. A l’heure où Financo déflore la ligne de cette première manche ramenée à 320 milles (au lieu de 450) les deux plus proches poursuivants de l’empereur Nicolas sont à trois dizaines de milles. Un wagon, comme on dit dans le jargon. Ou un caramel, c’est selon. Troussel aime les friandises et les trains rapides.
Ecarts énormes en vue
On pourra toujours prétendre que dans cette étape où on a cherché Eole partout comme Mirza et qu’il a bien failli nous rendre fou, la course a tenu de la loterie. Mais on en connaît peu qui gagnent au loto tous les mercredis… « Je n’ai rien fait d’extraordinaire » dit sans malice aucune le marin de Plougasnou. A part peut être avoir pris la tête dès le lendemain du départ à 19h pour ne plus jamais la quitter. Un peu moins de sommeil, un peu plus de meilleurs bords, un chouia de vista ? Un cap de feu, une vitesse au top depuis trois ans, un poil de nécessaire réussite sous les orages et les nuages qui ont favorisé l’un et encalminé son voisin ? Une belle marche dans le petit temps sous spi ? Un peu de tout cela sans doute… Il n’empêche. Il n’empêche que ces conditions si faibles étaient les mêmes pour les 50 solitaires et qu’on doute fortement que le seul fruit du hasard et des boules de cristal propulsent aussi régulièrement le même homme aux avant-postes d’une série aussi homogène. Vainqueur de la Solitaire 2006, vainqueur du Trophée BPE et champion de France 2007, Nicolas Troussel hisse son Financo une fois encore au sommet. Surtout, les écarts vont être énormes : à l’heure où Financo a coupé la ligne, ses deux dauphins qui ferraillent toujours pour la deuxième place – Frédéric Duthil (Distinxion Automobile) et Christian Bos (Région Midi Pyrénées) - avaient encore 30 milles à parcourir avant d’arrêter leur chrono. Et 30 milles à 6 nœuds, c’est peu ou prou 5 heures… Même en admettant qu’ils accélèrent, ce qui est tout sauf évident, ils ne pourront pas réduire à peau de chagrin ce déficit. Et eux jouent le podium ! Que dire alors des 47 autres, quand le dixième, Gildas Morvan, un des grands favoris (Cercle Vert) accuse encore dix milles de retard supplémentaire, soit 40 milles ? Eric Drouglazet, seul autre marin en lice à avoir déjà gagné La Solitaire est lui à 50 milles et la moitié de la flotte concède un déficit égal ou supérieur. Les écarts vont se compter en infernales poignées d’heures, pas en secondes comme d’habitude. On fera les comptes toute la nuit pour probablement conclure qu’il n’y a finalement qu’une seule façon de voir les choses : Nicolas s’est offert un destin impérial. L’ennui, pour lui, c’est que 49 révolutionnaires en pétard vont vouloir incendier son palais, puisque ceux-ci n’auront d’autres choix que l’attaquer de toutes parts sur les énormes deuxième et troisième étapes. Si l’on préfère la métaphore américaine comme sur la Cup, cette Solitaire se retrouve ce soir avec un defender et 49 challengers… et pour avenir immédiat les deux étapes les plus énormes jamais courues. Donc prudence. La vieille dame ne se jette pas dès ce soir dans les bras de l’empereur. Il le sait. Même harassé de fatigue après 72 heures sans sommeil à guetter la moindre risée, le veilleur a trouvé deux neurones opérationnels pour estimer que la guerre était loin d’être finie. Le Tsar est aussi un sage.
Bruno Ménard
Le monsieur porte le numéro un dans la grand’voile, son sceptre de champion de France de course au large en solitaire. C’est plus commode pour les suiveurs : l’as ne commet pas d’impair et passe. Simple comme Troussel. On pourra toujours reprocher au skipper de Financo que sa bouille toute ronde à la Bibi Fricotin cadre moyennement avec son prénom de Tsar de toutes les Russies. On pourra toujours lui expliquer que c’est une belle faute de goût que se faire applaudir au cap Ortegal par la Royale française - qui suit la course sur La Sterne - vu que c’est précisément ici, le 3 novembre 1805, que le contre-amiral britannique Sir Richard Strachan mit un point final à la campagne de Trafalgar en capturant la dernière escadre tricolore. Mais s’il y a une chose qu’on ne pourra mettre au passif du triomphateur du jour, c’est bien sa capacité à ne pas s’enflammer comme un gosse qui vient de gagner aux billes alors que, pourtant, tout pousserait à la cabriole. Car voilà, ce qu’il y a de rigolo avec les souris, c’est qu’elles accouchent parfois de montagnes. On disait de cette étape qu’elle serait logiquement la plus rapide et la plus facile de cette édition. On pensait que les écarts seraient infimes, comme souvent en Espagne, où on sait qu’il est bien difficile de construire des châteaux. Et puis voilà. Les dauphins sont joueurs mais très loin. A l’heure où Financo déflore la ligne de cette première manche ramenée à 320 milles (au lieu de 450) les deux plus proches poursuivants de l’empereur Nicolas sont à trois dizaines de milles. Un wagon, comme on dit dans le jargon. Ou un caramel, c’est selon. Troussel aime les friandises et les trains rapides.
Ecarts énormes en vue
On pourra toujours prétendre que dans cette étape où on a cherché Eole partout comme Mirza et qu’il a bien failli nous rendre fou, la course a tenu de la loterie. Mais on en connaît peu qui gagnent au loto tous les mercredis… « Je n’ai rien fait d’extraordinaire » dit sans malice aucune le marin de Plougasnou. A part peut être avoir pris la tête dès le lendemain du départ à 19h pour ne plus jamais la quitter. Un peu moins de sommeil, un peu plus de meilleurs bords, un chouia de vista ? Un cap de feu, une vitesse au top depuis trois ans, un poil de nécessaire réussite sous les orages et les nuages qui ont favorisé l’un et encalminé son voisin ? Une belle marche dans le petit temps sous spi ? Un peu de tout cela sans doute… Il n’empêche. Il n’empêche que ces conditions si faibles étaient les mêmes pour les 50 solitaires et qu’on doute fortement que le seul fruit du hasard et des boules de cristal propulsent aussi régulièrement le même homme aux avant-postes d’une série aussi homogène. Vainqueur de la Solitaire 2006, vainqueur du Trophée BPE et champion de France 2007, Nicolas Troussel hisse son Financo une fois encore au sommet. Surtout, les écarts vont être énormes : à l’heure où Financo a coupé la ligne, ses deux dauphins qui ferraillent toujours pour la deuxième place – Frédéric Duthil (Distinxion Automobile) et Christian Bos (Région Midi Pyrénées) - avaient encore 30 milles à parcourir avant d’arrêter leur chrono. Et 30 milles à 6 nœuds, c’est peu ou prou 5 heures… Même en admettant qu’ils accélèrent, ce qui est tout sauf évident, ils ne pourront pas réduire à peau de chagrin ce déficit. Et eux jouent le podium ! Que dire alors des 47 autres, quand le dixième, Gildas Morvan, un des grands favoris (Cercle Vert) accuse encore dix milles de retard supplémentaire, soit 40 milles ? Eric Drouglazet, seul autre marin en lice à avoir déjà gagné La Solitaire est lui à 50 milles et la moitié de la flotte concède un déficit égal ou supérieur. Les écarts vont se compter en infernales poignées d’heures, pas en secondes comme d’habitude. On fera les comptes toute la nuit pour probablement conclure qu’il n’y a finalement qu’une seule façon de voir les choses : Nicolas s’est offert un destin impérial. L’ennui, pour lui, c’est que 49 révolutionnaires en pétard vont vouloir incendier son palais, puisque ceux-ci n’auront d’autres choix que l’attaquer de toutes parts sur les énormes deuxième et troisième étapes. Si l’on préfère la métaphore américaine comme sur la Cup, cette Solitaire se retrouve ce soir avec un defender et 49 challengers… et pour avenir immédiat les deux étapes les plus énormes jamais courues. Donc prudence. La vieille dame ne se jette pas dès ce soir dans les bras de l’empereur. Il le sait. Même harassé de fatigue après 72 heures sans sommeil à guetter la moindre risée, le veilleur a trouvé deux neurones opérationnels pour estimer que la guerre était loin d’être finie. Le Tsar est aussi un sage.
Bruno Ménard


